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Un homme de coeur et de philosophie

L'artiste-interprète Gregory Charles s'ouvre sur la famille, l'amour à travers la maladie et l'importance de donner

Par Casandra de Masi

Une impression de paix enveloppante recouvre la ville en ce petit matin de lundi férié. Mais l'atmosphère est tout autre dès qu'on pénètre dans les bureaux de Gregory Charles, où l'équipe du Groupe Musique Greg s'active dans un tourbillon créatif et enthousiaste.

En tant que musicien, pianiste, producteur et animateur d'émissions de télévision, animateur radio, et comédien, peu de facettes de l’univers du spectacle échappent à l’expertise de Gregory Charles. Cela ne l’a pas empêché pas de rester humble et philosophe.

Donner au suivant à travers la musique

« Ma mère disait toujours que lorsque Dieu nous donne un talent, celui-ci vient avec une responsabilité, explique Gregory. Être une personnalité connue, en particulier dans le monde du spectacle, c’est un peu comme être un superhéros de bande dessinée. Comme le classique Spiderman et sa devise, “avec tout grand pouvoir vient une grande responsabilité”. »

Pas que Gregory prenne sa renommée pour acquis. Il a toujours été présent au sein de sa communauté en tant que bénévole, suivant l’exemple de ses parents altruistes. Au fil des ans, l’idée de « redonner au suivant » est devenue primordiale, aussi bien dans sa carrière que dans sa vie personnelle.

Il y a environ cinq ans, après la naissance de sa fille Julia et alors qu’il prenait soin de sa mère malade, sa vision du monde a changé. Les transformations qui opéraient dans sa vie ont redéfini ses priorités

« Je me suis mis à me dire que c’est bien beau, cette belle carrière que j’ai, mais qu’est-ce que ça va laisser [quand je ne serai plus là]? Cette réalisation m’a amenée à m’investir autrement. Nous avons dès lors fait l’acquisition de stations de radio et de salles de spectacle. Nous produisons des émissions de télévision axées sur la jeunesse, et notre station de radio se consacre à la promotion de la musique classique et des musiciens classiques », explique-t-il.

Inspirée par sa mère, qui fut sa mentore musicale, la vision que nourrit Gregory Charles s’articule autour du développement d’une plate-forme de communication, de l’enseignement et de l’implication dans la communauté. Il tient à encourager et à nourrir le talent musical des jeunes, et aussi des adultes qui n’ont pas eu la chance d’explorer cette facette dans leur vie. Gregory croit fermement qu’interagir avec les arts a beaucoup plus d’impact sur notre société qu’on ne l’imagine.

« J’ai constaté ces dernières années que les gens se mettent en action quand ils sont touchés. Ce qui motive les gens à changer ou à faire quelque chose, c’est l’émotion. C’est vrai en musique, c’est vrai en éducation, et c’est vrai en tout. Si vous pouvez arriver à toucher les gens dans leurs émotions, vous pourrez tout faire. Mais encore plus que cela, vous pourrez amener les gens à gouverner leur propre vie et à changer le monde. »

Aimer à travers la maladie

Le décès et la perte de sa mère en janvier, à la suite à la suite d’un déclin sur 15 ans dû à la maladie d’Alzeimher ont été éprouvants pour Gregory et sa famille. Celle qui fut non seulement sa mère, mais aussi son enseignante, sa mentore et son amie était un phare dans sa vie.

Au fil de son parcours, Gregory en a appris énormément sur l’importance de la compassion. Il observe notre tendance à vouloir livrer des batailles qui ne peuvent être gagnées, piège dans lequel il dit être lui-même tombé en apprenant le diagnostic de sa mère. En tant qu’êtres humains cependant, c’est lorsque nous en venons à accepter la réalité, et à avancer tout en accueillant cette acceptation au plus profond de nous, que nous nous libérons.

« J’allais jouer de la musique pour ma mère deux à trois fois par semaine, et je me disais, “Je ne sais pas si ça la touche”. J’ai eu ma réponse quelques jours avant sa mort. Ça faisait des années qu’elle n’arrivait plus à s’exprimer, qu’elle n’utilisait plus les mots. J’étais sur le point de quitter, lorsque je me suis rassis en me rappelant, "OK, oui, il reste encore une pièce qu’elle aime et que je n’ai pas jouée”. J’ai commencé à jouer... et ma mère s’est mise à chanter. »

Gregory est reconnaissant envers ses parents qui l’ont aidé à tracer sa voie, en lui offrant notamment l’amour, le soutien et les fondations nécessaires pour repousser ses horizons. Pour lui, le fait de pouvoir prendre soin d’eux en retour est un privilège.

« C’est terrible de voir un être cher décliner, mais c’est aussi une occasion magnifique de témoigner de dévouement et d’amour », dit-il.

Gregory pense au dévouement de son père envers sa femme malade, ou à l’engagement qu’il a ressenti et ressent encore de la part de sa partenaire, Nicole Collet, qui a adopté sa belle-mère à bras ouverts dans une période très difficile. Gérer la maladie au sein d’une famille permet par ailleurs de bénéficier de l’innocence et de la pureté du regard des enfants, et d’intégrer cette part naturelle de la vie dans leur enseignement.

« Je me souviens d’avoir vu ma mère si diminuée par la maladie et d’avoir pensé “Mon dieu, elle qui était si belle”. Et à ce même moment, ma fille, qui était assise à côté de moi, a dit : “elle est belle, hein?” Et je me suis dit “Eh oui, c’est comme ça. Tu vois les choses que je ne vois plus, et que je devrais voir.” Selon moi, prendre conscience de la maladie quand on est jeune, de ce qui arrive à ses parents, à ses grands-parents, est une forme de privilège. Ça donne de la valeur à la vie. »

Questions en rafale avec Gregory Charles

Premier concert auquel vous avez assisté : Étant d’une famille musicale, j’en ai vu plusieurs. Mais je crois que le premier concert professionnel auquel j’ai assisté est celui de Chris de Burgh, pour son album Beyond These Castle Walls.

Premier souvenir musical : L'une des premières chansons dont je me souviens est Mamy Blue. Mon premier souvenir musical a été d'entendre ma mère chanter. Ma mère chantait constamment. Ma grand-mère a toujours chanté. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été entouré de gens qui chantaient.

Chanson/Jam des années 90 : No Diggitty par Blackstreet, sans aucun doute. C'était mon dada dans les années 90.

Une chanson des 100 dernières années que vous aimeriez avoir écrite : Combien d’heures avez-vous?... Je dirais une chanson de Leon Russell, intitulée A Song For You. Elle dit tout ce que je voudrais dire. Cette chanson m’a fait penser tout à tour à ma mère, à ma femme, et maintenant à ma fille. Pour moi, une bonne chanson, c’est comme une bonne prière. Quand vous pouvez adresser les mots d’une prière à Dieu, ou à votre bien-aimé, ou à l’ensemble du monde, je trouve que ça fonctionne. De la même façon, une bonne chanson parle à tout le monde, comme une prière parle à tous.

Un conseil que vous donneriez au jeune homme que vous avez été : « Sois pas si sérieux! » Et qui aurait cru que je citerais le joker!

Le père de Charles a récemment reçu le même diagnostic que sa défunte femme, et le déclin se manifeste plus rapidement pour lui. Comme l’explique Gregory, il n’est pas aisé de devenir aidant naturel pour un parent, même si on vit sous le même toit. La clé pour y arriver est d’avoir du soutien, et d’oser demander de l’aide.

« J’ai eu la chance de tomber sur la bonne partenaire amoureuse. C’est pourquoi je dis toujours que le secret pour arriver à gérer des enfants, une vie professionnelle, une vie personnelle et des parents vieillissants et malades, c’est d’avoir une partenaire fantastique. Je n’aurais pu espérer mieux », dit-il.

« D’un côté, la maladie est effrayante, et de l’autre c’est une occasion en or de démontrer ce dont l’être humain est capable; de grande compassion, de grande compréhension, de sensibilité et d’amour. Nous croyons en l’amour. Et ces forces-là, ces valeurs, ces vertus, elles demeurent. »

Chanter pour la Fondation de l’Hôpital Lachine

En novembre, Gregory Charles se produira sur la scène de la salle L’Entrepôt à Lachine afin de recueillir des fonds pour la Fondation de l’Hôpital Lachine. En véritable homme de spectacle, il dit ne jamais planifier ses programmes en entier, préférant laisser de l’espace pour échanger de façon spontanée avec le public. Les spectateurs peuvent ainsi s’attendre à quelques surprises!

Ce qui compte pour Gregory, c’est de permettre au public de ressentir ce qu’il souhaite ressentir; que ce soit la paix, le bonheur, la réflexion ou l’évasion. La musique est une expérience intime et personnelle à chacun.

« La musique est le meilleur moyen que nous ayons trouvé pour exprimer notre vraie nature, et notre vraie nature est en fait assez remarquable. Nous sommes capables de faire preuve de pacifisme et de compréhension. J’espère que les gens viendront nombreux au spectacle, et que tous repartiront emplis d’un sentiment de communauté et d’unité.

 

Rendez-vous à l’Entrepôt — la salle de concert ultramoderne de Lachine — pour une soirée de musique inoubliable.

Gregory Charles en concert à L’Entrepôt

2901 boulevard Saint-Joseph,
Lachine, QC H8S 2P4
Mercredi 1er novembre 2017
20 h
Billets : 95 $
Billets non disponibles à la porte. Places limitées.

Contactez la Fondation au
514-637-2351, poste 77333,
pour réserver vos places.

 

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