advertisement

La bonne docteure

La Dre Joanne Liu est élue présidente de Médecins sans Frontières

Par Sylvie Arvanitakis

Si vous tracez une ligne pour décrire le parcours de la Dre Joanne Liu autour du globe avec Médecins Sans Frontières (MSF), vous obtiendrez un tracé long et sinueux qui vous mènera éventuellement au siège de l’organisation de secours médical à Genève. Cette dernière fin de semaine de septembre, la Dre Liu a traversé l’Atlantique pour devenir la nouvelle présidente internationale de MSF – le deuxième Canadien de l’histoire de MSF. Mais auparavant, elle a fait escale à Calgary où elle a reçu le prix humanitaire Teasdale-Corti du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

La nomination et les accolades sont bien méritées d’autant plus que la Dre Liu a toujours travaillé d’arrache-pied depuis sa plus tendre enfance pour faire du monde un endroit où il fait mieux vivre. C’est en lisant Et la paix dans le monde, Docteur?, qui relate l’expérience d’un médecin au service de MSF pendant la présence soviétique en Afghanistan, que son rêve a pris forme. « Ce docteur était seul dans des montagnes isolées et cette expérience lui a fait réaliser à quel point sa présence était nécessaire. J’ai pensé que cela correspondait au but et au sens de ma vie », explique la Dre Liu.

C’est un programme d’échange au Mali, après sa première année au cégep, qui l’a convaincue de sa vocation de médecin au service de MSF, partout où il faut répondre à de pressants besoins médicaux. Médecin diplômée de l’Université McGill, elle effectue sa résidence en pédiatrie pour acquérir des compétences qu’elle qualifie d’« exportable », puis suit une formation en urgence pédiatrique pour se préparer à travailler dans des zones très instables.

Lors de sa première mission en Mauritanie en 1996, en tant que médecin unique au service de 50 000 réfugiés maliens, elle a dû s’initier à la médecine pratiquée au milieu du désert, sans eau courante ni électricité et avec des quantités limitées de fournitures médicales. Elle affirme que cette expérience a fait d’elle une meilleure clinicienne, mais remarque que même si MSF est toujours à la recherche de bénévoles, c’est une expérience qui ne convient pas à tout le monde. « Il n’y a rien de romantique à remplir une mission à l’étranger. Vous devez être manifestement motivé pour le faire. »

La Dre Liu a approfondi ses compétences au cours de plus de 20 missions ultérieures au service de MSF qui l’ont menée dans des régions agitées du monde comme Haïti où elle a prêté main-forte aux personnes touchées par l’épidémie de choléra et le séisme de 2010, l’Indonésie où elle a soigné les survivants du tsunami de 2004 ou le Darfour, région du Soudan ravagée par la guerre, où elle a traité les patients souffrant de malnutrition et de toutes sortes de problèmes qui découlent de l’exode d’une grande partie de la population.

Au cours de son travail pratique, elle a été gestionnaire de programme MSF à Paris pendant trois ans et supervisé des missions en Afrique centrale, au Moyen-Orient et en Asie. Elle a été présidente de MSF Canada de 2004 à 2009. Elle a également collaboré à l’élaboration d’un projet innovateur en télémédecine qui profite des différents fuseaux horaires pour relier les médecins de MSF se trouvant dans 150 communautés isolées avec un groupe de plus de 300 spécialistes dans le monde entier. « Si vous voulez aider, vous pouvez maintenant le faire à partir de votre salon », explique-t-elle. La Dre Liu prévoit également une éventuelle baisse des taux de mortalité maternelle tout en offrant un meilleur traitement pour les maladies chroniques telles que la tuberculose multirésistante et le VIH-SIDA.

« Un des plus grands défis auxquels nous faisons face est la capacité de fournir des soins médicaux directement à nos bénéficiaires », déclare la Dre Liu alors qu’elle s’apprête à prendre la tête d’une organisation qui emploie 30 000 personnes réparties dans 70 pays, à une époque où les travailleurs humanitaires sont de plus en plus ciblés. En août dernier, MSF a cessé ses activités en Somalie après 22 ans de service. MSF ne pouvait plus continuer à faire l’objet d’attaques contre les membres de son personnel, ses véhicules et ses installations. Seize de ses employés ont été tués depuis le début de la guerre civile.

S’appuyant sur une campagne de sensibilisation pour l’assistance médicale en temps de guerre, la Dre Liu espère que MSF pourra apporter des changements sur le terrain et accroître ses activités dans des pays tels que la Syrie et l’Afghanistan où les besoins dépassent largement la réponse internationale. « La violence fait l’objet d’une importante couverture médiatique, mais nous oublions les êtres humains qui souffrent. En tant que citoyens du monde, nous devons les aider. »

Il est facile de comprendre les raisons pour lesquelles la Dre Liu continue d’être reconnue parmi ses pairs pour sa compassion et sa volonté inébranlable consacrée à apaiser les souffrances humaines, mais la bonne docteure offre un humble regard sur le courage. « En tant que bénévole, mes conditions de vie sont cent fois meilleures que celles de mes patients, dit-elle. Les vrais héros sont ceux qui ont survécu 15 années de guerre civile et conservent l’espoir d’un lendemain meilleur. »

Hiver 2014, Vol 6 N°1

Dernière édition

Santé des femmes

Printemps 2020
Vol 12 N°2

Cliquez ici pour voir le magazine complet avec Issuu

Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

Sabrina Jonas

Sabrina Jonas' signature

publicités

Évasion Hivernale: Planifications de Voyage