La dyslexie : un obstacle franchissable

Entrevue avec Charles Tisseyre

Par Brigitte Blanchard

L’art d’utiliser les mots, de vulgariser la science n’a plus de secret pour Charles Tisseyre, l’animateur de l’émission Découverte, diffusée depuis 25 ans à Radio-Canada. Son aisance à vulgariser la science, il l’a acquise auprès d’excellents pédagogues qui ont cru en lui malgré sa dyslexie, ont stimulé son intérêt pour la science et lui ont inculqué l’amour du travail bien fait. Montréal enSanté s’est récemment entretenu avec Charles Tisseyre pour savoir comment il a réussi à surmonter sa dyslexie.

Montréal enSanté : Comment s’est manifestée votre dyslexie?

Dès mon entrée au primaire, j’apprenais difficilement à lire et à écrire, et cela m’angoissait parce que je pensais être moins intelligent que les autres. La direction, l’enseignante et mes parents ont convenu qu’une spécialiste pourrait m’aider. Malgré la grande patience de cette gentille dame, je me sentais moins bon que mes camarades, qui apprenaient sans aide. En quelques mois, toutefois, j’avais appris à me concentrer pour bien observer le sens de chaque lettre, à bien décoder les mots, et enfin à lire et à écrire sans aide, mais toujours plus lentement que les autres.

MES : Par la suite, comment s’est déroulé votre cheminement scolaire?

J’ai progressé normalement au primaire, mais au secondaire, j’avais tendance à rêvasser. Comme j’éprouvais des difficultés scolaires, on m’a changé d’école. La discipline de fer de mon nouvel enseignant combinée à son excellente pédagogie m’ont permis de mieux me concentrer et de m’améliorer. Chaque soir, j‘étudiais mon vocabulaire pour la dictée du lendemain. Je devais réussir, sinon, la retenue du samedi matin m’attendait. Eh bien, je suis passé de 43 fautes à ma première dictée en décembre à une moyenne de trois fautes à la fin de l’année scolaire! Cet enseignant était strict, mais tellement intéressant. Ma vocation de journaliste scientifique a commencé avec lui; ses cours de biologie, de géographie et d’arithmétique étaient très stimulants.

Par la suite, j’ai tout de même redoublé une année scolaire, mais j’ai peu à peu repris confiance en moi grâce au directeur de l’école qui m’a fait comprendre que, pour réussir, je devais toujours fournir le maximum d’efforts. J’ai donc fait mes devoirs et leçons sérieusement.

Au bout de trois mois, j’aimais tellement apprendre, acquérir de nouvelles connaissances et me cultiver que c’était devenu une joie d’étudier. Ma fierté augmentait : mon enseignant soulignait mes progrès devant la classe. Désormais, j’étais convaincu que je n’étais pas stupide et que je pouvais bien réussir à l’école. J’ai même terminé mes études parmi les meilleurs.

MES : Que diriez-vous à un enfant dyslexique?

Ne crois pas une seconde que tu n’es pas intelligent. La dyslexie n’a rien à voir avec l’intelligence. Dans le cerveau, il y a des connexions entre les neurones et, chez les dyslexiques, ces connexions ne permettent pas de lire aussi efficacement que les autres élèves. Tu peux réussir à établir de nouvelles connexions neuronales simplement par le travail, la répétition, l’étude et la concentration. À force de s’exercer à la lecture et l’écriture, tout devient plus facile, grâce aux nouvelles connexions neuronales qui s’établissent alors. Tout comme moi, tu peux y arriver!

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