Nos yeux dans le ciel

De la terre aux étoiles : l’astronaute Julie Payette offre une unique perspective

Par Jason Santerre

En décembre dernier, l’astronaute Chris Hadfield s’est envolé vers la Station spatiale internationale et a partagé sur Facebook avec le monde entier les détails de sa mission de cinq mois parmi les étoiles : un petit pas pour les médias sociaux, un pas de géant pour la Nasa dans les temps modernes. Plus d’une décennie plus tôt et six ans avant que Mark Zuckerberg ne lance Facebook, la Montréalaise Julie Payette a voyagé six millions de kilomètres dans l’espace et orbité autour de la Terre 153 fois en écrivant sa propre page d’histoire.

En 1999, Mme Payette a fait partie de l’équipage de la navette spatiale Discovery et de ce coup est devenue la deuxième femme canadienne à voyager dans l’espace. Au cours de la mission, elle a supervisé le premier amarrage manuel de la navette à la Station spatiale internationale, ce qui lui a valu l’honneur de devenir la première Canadienne à monter à bord de la SSI. La mission de l’équipage international était de livrer, notamment, quatre tonnes de matériel informatique et de l’équipement médical. Mme Payette dirigeait tous les systèmes de la SSI, supervisait la marche dans l’espace et opérait le Canadarm, tout cela dans une même journée!

Après coup, Mme Payette est en mesure d’affirmer, sans l’ombre d’un doute, que voyager dans l’espace est une expérience exceptionnelle. Elle déclare que ce serait merveilleux si tout le monde pouvait contempler la planète Terre vue de l’espace. « Observer notre petite boule bleue sur un fond de noirceur est voir les choses sous un angle nouveau et réaliser que la Terre est tout ce que nous avons. »

Ce privilège d’envisager les choses sous une nouvelle perspective l’a touchée à bien des égards. Elle a compris qu’une fois revenue sur Terre, elle pourrait concentrer son énergie à sensibiliser la population sur l’environnement. Aujourd’hui, elle se concentre surtout sur ArcticNet, un consortium de recherche composé de plus de 140 chercheurs provenant de 30 universités. Individuellement, chaque chercheur se concentre sur un unique champ d’expertise. Collectivement, le groupe travaille à mieux comprendre l’impact de l’empreinte écologique laissée par les activités humaines dans le Nord. Une part importante des recherches se fait à bord de l’Amundsen, un brise-glace de la Garde côtière canadienne mis à la disposition des scientifiques d’Arctic- Net de mai à décembre.

« Nous savons que la situation est alarmante et que des mesures doivent être prises le plus tôt possible, mais c’est une organisation fondée sur la science et elle ne prêche pas l’apocalypse », dit Mme Payette en parlant d’ArcticNet.

« Nous savons seulement que nous nous lançons dans un monde inconnu et qu’il est essentiel de recueillir et d’analyser autant de données que possible. La Terre a tourné sans nous pendant 45 milliards d’années et elle continuera de tourner si jamais notre espèce est appelée à disparaître. Mais nier notre impact sur l’environnement n’est pas un moyen d’avancer. »

Bien que sa dernière mission remonte à 2009, Mme Payette reste toujours très active au sein de l’Agence spatiale canadienne. « Je suis une astronaute de carrière », dit-elle, tout en reconnaissant qu’elle porte en fait plusieurs chapeaux : mère, pilote d’avion, chanteuse accomplie et polyglotte. On ne peut cependant nier le fait qu’elle sera toujours appelée l’astronaute.

« Mes collègues et moi utilisons l’intérêt et la curiosité portés sur nos activités à notre avantage. Nous nous en servons pour encourager les très nombreux jeunes gens que nous rencontrons dans les écoles. Nous voulons les pousser à aller au bout de leurs aspirations et nous leur disons la vérité, c’est-à-dire qu’ils doivent travailler fort, ne pas lâcher l’école et considérer la science et la technologie comme une excellente plateforme pour entraîner des changements. Et c’est encore plus vrai pour les jeunes filles. »

Lorsqu’on demandait aux jeunes filles de la génération précédente ce qu’elles voulaient devenir plus tard, elles auraient probablement répondu : danseuse de ballet, infirmière ou institutrice. Alors qu’y a-t-il d’exceptionnel à ce que les jeunes filles d’aujourd’hui rêvent de devenir docteure, scientifique ou même astronaute? « Personne ne devrait mettre en doute leurs capacités », affirme Mme Payette, une femme qui est la preuve vivante que les rêves deviennent réalité.

Il est alors intéressant d’imaginer ce qu’une très jeune Julie Payette aurait pensé si on lui avait dit que la même Julie Payette rendue à l’âge adulte se joindrait un jour à six autres astronautes dans une navette spatiale prête à être lancée vers les étoiles. Quelles pensées peuvent bien traverser leurs esprits pendant le compte à rebours? 10, 9, 8, 7…

« Je pensais à ma famille », se souvient Mme Payette. « Nous sommes entraînés à nous concentrer et à rester calmes. Et je me souviens que tous les membres de l’équipage étaient très calmes, croyez-le ou non. La peur n’était pas la pensée dominante. Mais j’ai effectivement pensé à mes parents et à mes amis, à tous ceux qui m’ont soutenue et qui se sont déplacés en Floride à l’occasion de ce spectaculaire lancement. Je voulais que tout se passe bien afin qu’ils puissent y assister. »

Julie Payette a été nommée directrice du Centre des sciences de Montréal
Le Centre des sciences de Montréal, un musée interactif axé sur les sciences et la technologie situé dans le Vieux-Port de Montréal, accueille plus 700 000 visiteurs par an.

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