advertisement

L’Effet d’entraînement

Par Olivia Feste

Guy Laliberté, cracheur de feu, échassier, accordéoniste, a créé le Cirque du Soleil en 1984. La célèbre compagnie a décollé comme un clown jaillit d’un canon, avec un grand boum, sous les yeux d’une foule ébahie. Au cours des trois décennies de son existence, le groupe s’est permis de redéfinir à lui seul les arts du cirque en présentant des spectacles mariant acrobaties trompe-la-mort et numéros d’une transcendante beauté. « Mon rêve, à la création du Cirque du Soleil, était de voyager et de divertir. Je vis encore pleinement ce rêve, » confie M. Laliberté. Et la terre entière a été prise de ravissement.

En voyageant avec le Cirque du Soleil, M. Laliberté a pu observer les façons de vivre tout autour du monde. « Avec le Cirque du Soleil, j’ai pu m’émerveiller des trésors humains de notre planète », raconte-t-il. « J’ai aussi constaté les injustices de l’humanité. C’est au Cirque que mes premières démarches sociales ont pris racine avec un programme de cirque social appelé Cirque du Monde, créé il y a plus de 15 ans ». Cirque du monde est un organisme d’action sociale dirigé par le Cirque du Soleil qui enseigne les arts du cirque aux jeunes en difficulté à travers le monde.

À la veille du vingt-cinquième anniversaire du Cirque du Soleil, Guy Laliberté s’est demandé comment célébrer avec panache les accomplissements de la compagnie. « Je réfléchissais à la manière d’aborder cette importante étape : célébrer nos succès ou bien nous engager dans une démarche orientée vers l’avenir. »

il a fi ni par choisir la seconde option et a décidé de concentrer son attention sur les questions liées à l’eau. « L’eau a toujours été une source d’inspiration pour moi. Elle est au cœur de ma vie. Elle est aussi source de vie. » il ajoute : « En faisant des recherches sur le sujet de l’eau, une statistique troublante m’a fait immédiatement réagir. une personne meurt toutes les 20 secondes d’une maladie associée à l’eau contaminée. Lorsqu’on analyse le sujet plus profondément, on découvre que la question de l’eau est au coeur de tous les enjeux humanitaires de la planète : l’éducation, la santé, la pollution, la biodiversité, la situation des femmes… etc. J’ai créé ONE DROP en songeant à l’avenir. »

Le poids de l’eau

Rien de plus usuel dans les pays développés que de tourner le bouton du robinet. L’eau, c’est l’eau. Les citoyens d’occident prennent pour acquis leur libre accès à l’eau pour se désaltérer, se laver les dents, faire la vaisselle. Cependant, 70 pour cent des terriens vivant en milieu rural n’ont pas accès à une hygiène adéquate. Femmes et enfants doivent en moyenne marcher 6 km pour obtenir l’eau nécessaire à leur survie, de sources fréquemment dénuées de protection telles que des rivières ou des mares boueuses. Ces personnes transportent en moyenne 20 kg d’eau chacune, ce qui représente une tâche longue et épuisante et laisse peu de temps aux femmes et aux enfants pour s’adonner à des activités plus productives.

En bref, un milliard de terriens ne jouissent pas d’un accès adéquat à l’eau, que ce soit en quantité ou en qualité, et près de la moitié de la population du globe consomme de l’eau non traitée.

Toutes les initiatives sont bienvenues.

La mission de la fondation ONE DROP est de combattre la pauvreté mondiale en offrant aux populations un accès durable à une source d’eau saine. Les projets techniques de la fondation dans les pays en voie de développement améliorent l’accès à l’eau, assurent la sécurité des stocks de nourriture et font la promotion de l’égalité des sexes. Jusqu’à présent, ONe DROp a fait profi ter de ses services le El Salvador, Haïti, le Honduras, l’inde et le Nicaragua.

Lili-Anna Peresa, directrice administrative de ONe DROp, déclare : « nous travaillons dans des régions rurales, dans des zones pauvres et isolées, dans les endroits qui sont servis en dernier. Nous travaillons de pair avec des organismes sans but lucratif et les gouvernements locaux parce que nous tenons à voir un impact au niveau local. » ONe DROp s’assure de ne pas dédoubler les services. « Nous allons là où peu d’organismes sont à l’oeuvre, de manière à ne pas faire le boulot deux fois, » précise-t-elle. En Amérique latine, ONe DROp bénéfi cie de l’appui d’une des organisations caritatives les plus réputées du monde. « Nous travaillons main dans la main avec un partenaire important, Oxfam Québec. Je suis à la tête de ONe DROp depuis deux ans et je considère notre approche très innovante. Je n’ai jamais vu une telle organisation auparavant. »

Le plus fort souvenir que garde Mme Peresa est cette déclaration d’une Nicaraguayenne : « Je ne serai plus jamais pauvre ».

One Dro p ne représente pas qu’une approche à deux volets. Inspirée par l’expérience créatrice du Cirque du Soleil et par Cirque du Monde, son programme international d’aide aux enfants de la rue, la Fondation One Dro p emploie les arts du cirque, le folklore, le théâtre populaire, la musique, la danse et les arts visuels pour promouvoir l’éducation, la solidarité communautaire et pour générer une prise de conscience du public des questions reliées l’eau. « Ce modèle de l’enseignement par l’art a beaucoup inspiré une des branches importantes de One Dro p », dit M. Laliberté.

Monter au ciel

Jusqu’où Guy Laliberté est-il prêt à aller pour attirer l’attention sur sa cause? Réponse : en septembre 2009, l’ancien échassier a emporté ses rêves dans les étoiles. Dans un vaisseau spatial. Il a été le septième client de l’entreprise Space Adventure et a pu profiter d’un séjour de 11 jours en orbite autour de la Terre. « Il a effectué ce voyage pour des raisons personnelles », avoue Mme Peresa, « mais cela représentait une merveilleuse occasion de sensibiliser la population aux questions liées à l’eau. Et par la suite, Guy a été l’invité de nombreux panels internationaux qui oeuvraient pour faire de l’eau un enjeu international prioritaire. »

« J’ai eu le privilège d’observer ma Terre, Gaia, de l’espace. Sa fragilité par rapport à l’immensité de l’univers avec comme seule protection, une très fine membrane, » confie M. Laliberté. C’est en jonglant avec ces perspectives versatiles sur le monde que Guy Laliberté, de concert avec le public, parvient à se divertir et à demeurer engagé.

Été 2011, Vol 3 N°3

Dernière édition

Aînés à l’honneur

Hiver 2020
Vol 12 N°1

Cliquez ici pour voir le magazine complet avec Issuu

Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

Sabrina Jonas

Sabrina Jonas' signature

publicités