Capitaine canadienne

La volonté et la détermination de marie-philip poulin, une grande source d’inspiration

Par Jason Santerre

À 6 min 55 s de la deuxième période, Marie-Philip Poulin marque ce qui devrait être le but gagnant. Ça devrait être la troisième fois de sa carrière olympique qu’elle marque le but gagnant. Mais cette fois-ci, ça ne se termine pas comme dans un conte de fées pour Marie-Philip, ses coéquipières et la nation qui a inventé le hockey.

« Devrait » n’est pas un vilain mot, mais il est terriblement douloureux lorsqu’il envahit l’esprit après une défaite lors du match décisif de la médaille d’or contre son ennemi juré sur la plus grande scène mondiale. Un match de médaille d’or devrait se gagner en prolongation, diraient les experts et les puristes du hockey. Mais pour la première fois de l’histoire olympique, la victoire du match de médaille d’or fut accordée lors de tirs de barrage.

Malgré la nouveauté, la défaite est difficile à avaler. Mais l’argent fait quand même le bonheur pour Mme Poulin, puisque sa médaille d’argent rejoint ses deux médailles d’or olympiques. Et maintenant, Marie-Philip et ses coéquipières pourront compter sur une motivation supplémentaire durant les quatre années qui mèneront aux Jeux de Beijing en 2022. En attendant, Montréal enSanté s’est entretenu avec Marie-Philip avant son départ pour Séoul.

Montréal enSanté : Nous sommes en 2010. Les Jeux olympiques de Vancouver. Vous avez 18 ans. Vous venez de gagner la médaille d’or. Dites-nous ce qui vous passe par la tête lorsque vous entendez l’hymne national.

Marie-Philip Poulin : J’ai senti une immense fierté d’être Canadienne et d’avoir la chance de gagner l’or à la maison. C’était une expérience plus grande que nature. J’étais tellement fière de mes coéquipières, tous nos efforts étaient récompensés d’une façon incroyable. Je pensais à ma famille, à tout ce qu’ils ont sacrifié pour que je sois ici à ce moment-là. J’aurais tellement souhaité pouvoir les amener sur la glace avec moi et leur donner une partie de la médaille. Bâtir une équipe de championnat demande tellement d’efforts. C’est le fruit du travail de toute une vie.

MES : Pourquoi le Canada joue-t-il son meilleur hockey contre les États-Unis?

MPP : Ils ont une excellente équipe, une qui nous force à donner notre meilleur à chaque rencontre. Nous sommes la source de motivation l’une de l’autre. Et je crois que cette rivalité est ce qui a fait avancer le hockey féminin, la raison pour laquelle les jeunes filles développent maintenant des habiletés et de la force comme jamais auparavant.

MES : Est-ce que certaines de vos coéquipières sont amicales avec des membres de l’équipe américaine hors de la glace? Est-ce même possible?

MPP : Nous le sommes. Plusieurs d’entre nous jouaient ensemble au collège ou dans des équipes professionnelles. Nous sommes cordiales hors de la glace et des amitiés se sont développées. Nous partageons la même passion et nous sommes le meilleur qui soit, alors il est difficile de les détester. Mais une fois que la rondelle tombe sur la glace, tout l’amour disparaît. Nous détestons perdre contre elles.

MES : En regardant vers le futur, que souhaitez-vous pour le hockey féminin?

MPP : Nous avons tellement déjà parcouru de chemin. L’an dernier, j’étais au match des étoiles de notre ligue à Toronto, et lorsque j’ai regardé dans les estrades durant l’échauffement, j’ai vu de jeunes enfants qui portaient des chandails de hockey avec mon nom inscrit dans le dos. J’ai pensé : « Wow! Ils ne portent pas un chandail de Crosby ou McDavid, ils portent le nom d’une femme. »

Plusieurs compagnies comme Bauer font déjà beaucoup d’efforts pour inclure des joueuses dans leurs campagnes publicitaires. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire, mais j’espère faire partie de ce mouvement pour que la génération suivante puisse être payée pour jouer et ne pas avoir à travailler ici et là pour joindre les deux bouts.

MES : Qu’est-ce qui caractérise une bonne capitaine?

MPP : Je crois qu’il y a plusieurs types de meneurs. Pour moi, il s’agit vraiment de donner l’exemple. Je suis fière de toujours partir du bon pied chaque jour. Je crois que c’est la meilleure façon de gagner le respect de ses coéquipières et de bâtir la confiance. Elles savent qu’elles peuvent compter sur moi, que je serai prête dans les moments importants, parce que je n’ai jamais pris une journée de congé dans le passé. Je ne suis pas une grande parleuse, alors je laisse mes actions parler d’elles-mêmes.

MES : Qu’aimez-vous le plus dans ce sport?

MPP : Le hockey demande de la force, de l’agilité, de la finesse, de l’intelligence et de la puissance, tout ça durant un temps de jeu de 45 secondes. Que demander de plus d’un sport? Les gens disent que nous manquons d’objectivité, car nous sommes Canadiens, mais le hockey est vraiment le plus beau sport au monde.

MES : Des jeunes filles et jeunes femmes doivent vous approcher régulièrement. Quel conseil leur donnez-vous?

MPP : Chaque jour, trouvez quelque chose à travailler et améliorez-vous. Travaillez sur vos faiblesses, mais prenez aussi le temps de perfectionner vos forces. Lorsque vous aurez atteint le sommet, ne prenez jamais de congé, car demeurer au sommet est le vrai défi. Croyez en vous et en vos rêves, c’est ce qui vous poussera à donner l’effort supplémentaire. Soyez fière d’être une fille, de patiner comme une fille, de lancer comme une fille. Transpirez du girl power, on en a jamais assez.

MES : Au hockey, qui admirez-vous le plus et pourquoi?

MPP : Je dirais Caroline Ouellette et Jonathan Toews. Ils sont tous deux des meneurs incroyablement talentueux que j’admire tant sur la glace que dans la vie. Mais ce que Caroline a fait pour le hockey féminin est sans précédent. Elle trouve le moyen de défier l’institution qu’est le hockey féminin pour le rendre meilleur à tous les niveaux. Nous devons tous être reconnaissants de son intelligence pour le jeu, tant sur la glace que dans les affaires, car nous récoltons tous les bienfaits de son génie et de sa vision.

MES : Pourriez-vous, s’il vous plaît, jouer pour les Canadiens? C’est une blague… en quelque sorte.

MPP : En fait, mon agent essaie de les convaincre de m’inviter à une pratique pour promouvoir le hockey féminin. J’espère que je pourrai le faire à mon retour des Olympiques. Je pourrai peut-être faire ma propre liste de joueurs. Blague à part, c’est difficile de voir l’équipe en difficulté cette année. Je suis certaine que les joueurs, comme la direction, veulent la même chose que nous, une 25e parade de la coupe Stanley. Soyez assurés que je serai aux premiers rangs si ça arrive. En attendant, les Canadiennes réussissent très bien encore cette année, alors les adeptes devraient assurément venir voir nos parties aussi.

Pour plus d’informations sur Les Canadiennes, leur capitaine, et le déménagement éventuel de l’équipe à l’Auditorium de Verdun, visitez le montreal.thecwhl.com

 

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