Jean Coutu

Le célèbre pharmacien québécois

Par Jason Santerre

« Qu’attendez-vous de moi? » C’est la première phrase qui sort de la bouche de l’homme de 91 ans, vêtu d’un pantalon chic et d’un sarrau blanc de pharmacien. Même s’il le demande avec un sourire, le milliardaire a gagné le droit d’être méfiant des gens qui lui demandent quelque chose. Les personnes riches et influentes sont continuellement sollicitées pour tout, des conseils financiers, en passant par les faveurs, les dons et les entrevues. C’est pour cette raison que Jean Coutu aime rester discret.

Cela ne veut pas dire que M. Coutu n’est pas généreux. Avant que tout le monde aux quatre coins de la ville ne connaisse son nom, il était simplement un pharmacien qui voulait subvenir aux besoins de sa jeune famille. Néanmoins, il était un citoyen du monde et il était ouvert à aider les moins fortunés. Durant notre conversation, M. Coutu me raconte la fois où deux hommes sont venus le voir à propos d’un village en Afrique. « Un artiste et un professeur étaient venus me demander si je voulais parrainer un village au Mali. J’étais sceptique, c’est le moins qu’on puisse dire. »

Mais les hommes ont parlé d’un plan pour que les personnes du village d’Afrique occidentale puissent devenir autonomes. La clé était de creuser un puits. Avec de l’eau propre, les gens seraient non seulement en mesure de boire l’eau sans devoir se préoccuper des maladies, mais ils pourraient faire de l’agriculture et élever du bétail. Leurs vies pourraient complètement changer.

« Ils avaient retenu mon attention à ce stade », se souvient M. Coutu. « Puis, j’ai demandé combien. Ils m’ont dit que ça coûterait 60 000 $ pour parrainer le village en entier. J’ai dit, “Whoa! J’ai une pharmacie qui me coûte autant. J’ai une famille. J’ai des employés dont je dois m’occuper.” Mais ils avaient si bien expliqué leur point de vue que j’ai dit OK. »

La journée qui suivit la visite de ces ambassadeurs de bonne volonté, M. Coutu fondait Nuits d’Afrique à sa pharmacie. L’idée était que chaque succursale reste ouverte toute la nuit. Les patrons étaient encouragés à faire un don. « Du total amassé, j’ai dit que j’égalerais ce montant. Notre première nuit, nous avons amassé 70 000 $. J’étais estomaqué de voir la générosité des gens. »

Et c’est ainsi que la Fondation Marcelle et Jean Coutu, qui vient en aide à bon nombre de secteurs ici et à l’étranger, a vu le jour. M. Coutu tient la fondation particulièrement à coeur, tout comme sa partenaire et épouse depuis 68 ans, Marcelle. « Pouvez-vous le croire? De nos jours, les couples sont chanceux s’ils durent 68 semaines », dit-il. Sept décennies témoignent bien du dévouement et de la volonté du couple à voir leurs projets se réaliser malgré les épreuves et les obstacles.

Cinq enfants, 15 petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants plus tard, pour les Coutu, les affaires, c’est une histoire de famille, et la famille, c’est les affaires. « J’ai toujours dit qu’il faut avoir du respect pour les femmes et l’unité familiale. Ce sont elles qui avaient le plus besoin de bons produits à petits prix. »

Et les femmes ont constitué la majorité de sa base d’employés, surtout au début. « Nous étions une des premières entreprises à avoir un service de ressources humaines. De plus, on offrait un bon salaire pour une bonne éthique de travail avec la possibilité d’avancer dans la compagnie et d’avoir plus de responsabilités. Cela nous a permis d’avoir des employés de qualité. Avoir de bons employés plus heureux offrait une meilleure expérience de magasinage. » Tout le monde gagne.

En 1969, Jean Coutu surpassait les pharmacies traditionnelles du coin. Le nom Coutu signifiait une vaste gamme de produits à petits prix et des heures d’ouverture prolongées. En 1973, le Groupe Jean Coutu fut incorporé. Des franchises étaient disponibles. La première franchise fut la massive Pharmacie Montréal dans le coeur du centre-ville. Elle comptait 250 employés sur six étages et elle était ouverte 24 heures sur 24, 365 jours par année. « Nous avions mal au poignet tellement nous devions repousser des gens. »

Avec plus de 400 succursales et une marque emblématique respectée par les employés et les clients, M. Coutu a reçu l’Ordre du Canada et l’Ordre du Québec pour ses contributions philanthropiques et économiques. Et aujourd’hui, près de 50 ans plus tard, le groupe PJC fait les manchettes à nouveau.

L’an dernier, une fusion avec Metro inc. était annoncée. La transaction de plusieurs milliards de dollars rassemble deux des marques les plus emblématiques de la province. « Je crois que la décision que nous avons prise est bonne pour les deux entreprises », explique M. Coutu lors une entrevue accordée au Toronto Star. « C’est bien pour moi et c’est bien pour le futur, car nous offrons plus de possibilités que si nous restions là où nous sommes. »

Laissons les affaires de côté. M. Coutu raconte que ce dont il est le plus fier est sa famille. « Évidemment, je suis fier d’eux, mais je suis également fier de ma compréhension des humains. Ce qui est important est de respecter les gens et de redonner quand vous le pouvez, redonner intelligemment. Vous pouvez donner une paire de chaussures neuves à un enfant, mais si vous lui donnez de l’eau potable et lui enseignez à garder l’eau propre, vous aurez un impact énorme sur la vie de plusieurs personnes au lieu d’une seule. »

M. Coutu offre d’autres conseils, surtout pour la nouvelle génération. « Nous avons tous un travail à faire, que nous soyons pharmacien, plombier ou poète. Nous devons tous faire de notre mieux pour que la société avance où elle se doit. Les jeunes ont les outils », dit-il. « La prochaine génération doit utiliser ces outils pour faire un monde meilleur que celui qu’ils ont trouvé. »

Bien sûr, le monde de M. Coutu est Montréal. Il est né ici. Il a fait sa fortune ici. Il a employé des dizaines de milliers de personnes en chemin, et il a fait connaître les gens d’affaires du Québec après la Révolution tranquille.

« Montréal est la meilleure ville au monde. Le fait d’avoir une culture française et anglaise ici, eh bien, quelle circonstance unique et merveilleuse! », dit-il. « Les deux cultures ont tellement à offrir. C’est à nous d’en tirer profit. Montréal n’est peut-être pas la ville la plus belle au monde, ou la plus chaude — les hivers ici! Ouf! — mais je ne voudrais vivre nulle part ailleurs. »

 

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