Briser le cycle

 

Par Natallia Staravoitava

« Vous pouvez rencontrer le plus gentil des gars qui vous traite comme une reine, mais vous n’avez aucune idée de qui il est vraiment », révèle Nina, dont le partenaire est devenu physiquement violent envers elle après deux ans de fréquentation. « Le pire, c’était la violence psychologique. Je ne me sentais pas moi-même. Je n’avais aucune confiance en moi et j’avais peur de parler. »

« Il était attentif, affectueux et aimant... jusqu’à ce qu’il ne le soit plus. Je parlais trop, mon opinion était déplacée, et mes tenues étaient dévergondées. Tout ça, selon lui, méritait d’être corrigé », explique Jane. « Après chaque gifle et chaque coup de poing, il promettait de changer. Mais il ne l’a jamais fait. J’ai appris à m’adapter, réalisant que la soumission était le seul moyen de me sauver de sa colère. »

Malheureusement, les histoires comme celles de Nina et Jane sont trop fréquentes. La violence conjugale ne vise pas un groupe d’âge, une classe sociale, une culture, une religion ou une ethnie en particulier. Elle est présente autant dans les relations hétérosexuelles que dans les relations entre personnes du même sexe.

Une relation abusive est centrée sur la notion de contrôle créant un déséquilibre de pouvoir croissant entre l’agresseur et la victime. Parfois, l’agresseur essaie d’isoler la victime de sa famille et ses amis, de l’empêcher de former de nouvelles amitiés ou de prendre en charge les finances du ménage et les documents juridiques. Parmi les signes avant-coureurs, on peut citer la volonté de se précipiter dans une relation, des commentaires subtils sur l’apparence et l’entourage du partenaire, l’imposition de croyances et de désirs et l’humiliation du partenaire devant sa famille et ses amis ou en privé.

Le cycle de la violence conjugale comporte généralement trois phases : une tension croissante (le sentiment de marcher sur des coquilles d’oeufs) qui se traduit par un incident violent (physique, psychologique, verbal, sexuel, financier, spirituel) suivi d’une phase de lune de miel (l’agresseur s’excuse et promet de changer). Ce cycle répétitif ne fait que s’aggraver. La violence et le harcèlement sont susceptibles de se poursuivre même si la victime quitte la relation. Dans le cas de Jane, son expartenaire a contacté son lieu de travail, ses amis et sa famille, a utilisé les réseaux sociaux pour la suivre et l’a même traquée devant chez elle pendant plus d’un an après leur séparation. Les ex-partenaires peuvent également refuser de payer la pension alimentaire et même les rendre responsables de leurs dettes.

Mais il y a de l’espoir. Montréal offre une myriade d’options, notamment des lignes d’urgence et des refuges comme l’Auberge Transition. Ouverte en 1975, l’Auberge Transition est le plus ancien refuge pour femmes au Canada. L’an dernier seulement, il a accueilli 65 femmes et 49 enfants, en plus d’offrir des services externes de conseils et d’intervention en cas de crise à 126 autres femmes.

L’équipe de l’Auberge Transition encourage les femmes à privilégier leur sécurité et leur bien-être à tout prix, même si cela implique de quitter une relation. « Il y a de l’aide et des ressources pour vous et vos enfants. Si vous avez l’impression d’être dans une relation violente ou en danger, suivez votre intuition. C’est une boussole qui vous guide vers la sécurité. Vous n’êtes pas seule, il y a des gens qui sont prêts à vous écouter et à vous soutenir. » 

Conseils

  • Ayez votre compte bancaire personnel et gardez votre NIP confidentiel.
  • Assurez-vous que votre téléphone portable est enregistré à votre nom.
  • Conservez les documents importants pour vous et vos enfants en lieu sûr.
  • Gardez le contact avec votre famille et vos amis.
  • N’hésitez pas à contacter ces ressources : Auberge Transition, 514-481-0495, aubergetransition.org; SOS violence conjugale, 1-800-363-9010, sosviolenceconjugale.ca; Assistance aux femmes, 514-270-8291, assistanceauxfemmes.ca.

 

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