Les femmes et l'agriculture

 

Par David Szanto, Ph.D.

Dans plusieurs régions du monde, il s’avère que les agricultrices affrontent plus de difficultés que leurs homologues masculins. Cela est généralement lié au sexisme systémique qui engendre notamment des difficultés d’accès au financement et à la terre, ce qui complique l’entrée et la vie dans le domaine de l’agriculture. Mais des problèmes plus profonds, comme l’accès à l’éducation, empêchent souvent les femmes de réaliser pleinement leur potentiel. De plus, lorsqu’il s’agit des réseaux qui permettent le transport et le commerce des produits agricoles, les agricultrices sont souvent exclues.

Au Québec, cependant, les écarts politiques et économiques entre les hommes et les femmes ont été réduits, en grande partie grâce à des attitudes sociales progressistes. Bien que l’égalité parfaite ne soit pas encore atteinte, certains signes suggèrent que l’avenir de l’agriculture québécoise possède une qualité féminine.

Stéphanie Wang fait partie de la nouvelle génération qui a décidé de se lancer en agriculture comme profession à plein temps. Née à Montréal, elle a suivi une formation et a travaillé, parfois bénévolement, dans le domaine de l’agriculture. Elle exploite aujourd’hui Le Rizen, une ferme près de Frelighsburg. « C’est peut-être un cliché, mais je pense que les femmes adoptent une approche plus sensible et raisonnée de l’agriculture », ditelle. « Il faut y investir beaucoup de connaissances personnelles ainsi que des compétences et des ressources professionnelles, mais les retombées économiques ne sont pas très importantes. Alors, nos raisons de continuer doivent être liées à nos valeurs environnementales. »

Les chercheurs qui étudient le travail sont souvent d’accord avec ce genre d’interprétation, reconnaissant que les différents types de travail sont différemment « genrés ». En d’autres termes, les femmes réfléchissent souvent aux relations impliquées dans une tâche particulière, plutôt que d’adopter une approche axée sur la recherche de solutions. Bien que ce ne soit pas le cas pour chaque individu, c’est un modèle qui apparaît dans de nombreuses sociétés, en raison de la façon dont nous sommes élevés.

« J’ai entendu une théorie selon laquelle lorsque les hommes investissent dans un secteur donné, les conditions de travail et les salaires s’améliorent. Mais ce n’est pas le cas pour les femmes », poursuit Mme Wang. « C’est peut-être parce que les femmes investissent dans des entreprises en tenant moins compte de l’économie, mais en tout cas, nous choisissons aujourd’hui l’agriculture pour la vie qu’elle nous permet d’avoir, et les liens entre la nature et le rythme des saisons. En même temps, nous devons nous écouter les unes les autres et partager nos besoins et nos défis en matière d’agriculture. »

Ici, au Québec, les réseaux sociaux et professionnels des agricultrices contribuent à faire avancer les choses. La coopérative Le terroir solidaire et le comité consultatif des jeunes et des femmes de l’Union Nationale des Fermiers fournissent des ressources et encouragent la création de liens, tandis que des organismes comme Femmessor aident les femmes entrepreneurs en leur offrant des services de financement et de soutien. Ces efforts contribuent à contrer les résidus du sexisme systémique, tout en permettant de partager de nouvelles idées et de nouvelles conceptions de l’agriculture.

Pour sa part, Stéphanie Wang offre des conseils très concrets aux futures agricultrices : allez acquérir de l’expérience, passez plusieurs saisons sur différentes fermes, suivez une formation en agronomie et en gestion agricole, et profitez des nombreux programmes du MAPAQ. Et n’oubliez pas le côté personnel. Comme elle le dit, « il y a quelque chose de très poétique, fondamental et viscéral dans ce travail »

David SzantoDavid Szanto est un chercheur alimentaire montréalais, auteur et collaborateur de longue date de ce magazine. En 2015, il a obtenu un doctorat en gastronomie à l’Université de Concordia, le tout premier en son genre.

 

Printemps 2020, Vol 12 N°2

Dernière édition

Santé des femmes

Printemps 2020
Vol 12 N°2

Cliquez ici pour voir le magazine complet avec Issuu

Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

Sabrina Jonas

Sabrina Jonas' signature

publicités