Les visages de la lutte contre la COVID-19

Héros sur la ligne de front, partisans en coulisses. nous vous remercions.

Par Sabrina Jonas

Les Montréalais sont des combattants par nature. Ça, c'est évident. Nous résistons aux hivers exténuants, nous contournons habilement les nids-de-poule, et personne n'est tenace comme un partisan des Canadiens. C'est dans notre sang, tout comme notre joie de vivre. Ainsi, lorsque le coronavirus a commencé à ravager notre province, il n'est pas étonnant que les travailleurs de la santé et des services essentiels et les citoyens se soient mobilisés pour joindre la lutte contre la pandémie de la COVID-19. Mais la bataille s'est avérée pour le moins ardue.

Considérée comme une zone touristique au printemps, Montréal est plutôt devenue la zone des cas de COVID-19 et continue son règne en tant qu'épicentre du virus au Québec et au Canada. Cela rend la façon dont notre communauté s'est renforcée — individus, entreprises, institutions, fabricants, travailleurs de la santé et des services essentiels — d'autant plus altruiste et irréfutablement canadienne.

La communauté, source d’espoir et d’aide

On dit qu’une image vaut mille mots. Aussi banal que cela puisse paraître, les milliers d’arcs-en-ciel qui parsèment notre ville brossent un tableau d’espoir, de compassion et de communauté sans pareil, agissant comme des cartes de remerciement. Ils montrent avec éclat la gratitude ressentie par tous ceux qui s’efforcent de maintenir notre ville en vie au milieu de la pandémie et ceux qui luttent contre le virus.

Cela n'a été que le catalyseur de la bienveillance ressentie dans notre province au cours des trois derniers mois. Malgré les mesures de distanciation sociale, notre population s'est unie pour aider les personnes les plus vulnérables au virus.

Il y a ceux qui ont proposé d'aller faire les courses pour nos aînés. Ce petit geste de gentillesse s'est rapidement transformé en initiatives partout au Québec : Programme Épicerie NDG; Les jeunes à l'action, une initiative scolaire près de Québec; et une myriade de groupes Facebook des quartiers de Montréal, tous voués à mettre en contact les plus vulnérables avec des bénévoles prêts à les aider. Je parie que certains d'entre vous lisent ceci en ce moment.

Naturellement, lorsque la pénurie d'équipements de protection individuelle (ÉPI) a fait la une des journaux, les Montréalais se sont mis à fabriquer des masques. Des groupes locaux sur Facebook ont commencé à fabriquer des masques et à donner du tissu; Army of Masks, une organisation virtuelle de bénévoles, a cousu et donné des trousses de «bricolage» à travers l'Amérique du Nord; même Avril Hernandez, 16 ans, de la Rive-Sud, a donné une partie des recettes de la vente de masques qu'elle a cousus aux banques alimentaires locales. Des dizaines de milliers de masques ont été fabriqués et distribués dans toute la province par des bénévoles d'ici.

Lorsque l'apprentissage en ligne est entré en jeu, la capacité d'adaptation de nos enseignants et de nos étudiants était stupéfiante. C'est ce qu'affirme le directeur Michel Lafrance, qui a pu constater de lui-même le succès de l'enseignement à distance lorsque les enseignants et les élèves se mettent au travail. Mais un enseignant a reconnu que l'effort n'était pas la seule chose qui entravait la réussite de certains élèves : c'était leur manque d'accès à la technologie. C'est pourquoi Ismaël Seck, un enseignant spécialisé de l'école secondaire Lucien-Pagé, qui accueille des élèves provenant principalement de quartiers défavorisés de Montréal, a fait appel aux réseaux sociaux pour obtenir des dons d'ordinateurs, de portables, de tablettes et de moniteurs afin de les offrir à ses élèves dans le besoin. Sans permis de conduire, Ismaël a collecté les dons à vélo! Heureusement, il a maintenant organisé un groupe de 10 bénévoles pour l'aider.

Les témoignages de gentillesse qui inondent notre ville dans ce combat collectif contre la COVID-19 sont nombreux : des groupes qui organisent des points de dépôt pour les fournitures médicales non utilisées; une campagne de collecte de fonds pour acheter des climatiseurs pour les personnes âgées dans les CHSLD; d'innombrables dons aux banques alimentaires, aux refuges pour sans-abri et aux fondations d'hôpitaux locaux; des concerts Zoom pour les personnes seules; des séances de gym et de yoga gratuites en ligne. Je suis heureuse de constater combien il est difficile d'englober toute l'aide humanitaire de notre communauté de la part de personnes comme vous et moi.

Les entreprises et fabricants locaux changent de vitesse pour rendre la pareille

Au printemps, les Montréalais se prélassent habituellement sur les terrasses avec un pichet de bière et une trempette aux épinards. Mais comme les restaurants, les magasins, les entreprises et les fabricants ont dû fermer leurs portes et arrêter la production, certaines entreprises locales ont décidé de redonner à leur communauté.

Lord William ou le «pub de quartier de Montréal », situé à Griffintown, a fait don de repas à l'Hôpital général de Montréal (HGM) et a offert des repas à prix réduit aux employés de l'industrie de la restauration sans emploi ainsi qu'aux travailleurs de la santé. SudWest Gyros & Co. à Saint-Henri s'est retrouvé dans une situation similaire et s'est servi des réseaux sociaux pour demander aux gens d'aider le restaurant à donner des repas à trois organisations locales : À deux mains, Jeunesse au soleil et Partageons l'espoir.

Même le défenseur des Canadiens Jeff Petry et sa femme Julie ont participé à cette fête philanthropique. Ils ont ouvert une note de 2 500 $ au Notre-Boeuf-de-Grace à NDG et au Mandy's à Westmount pour offrir des repas gratuits aux travailleurs de la santé. Tout au long de la pandémie, plusieurs autres joueurs sont venus en aide à nos héros de première ligne. Carey et Angela Price se sont associés au Projet héros de la Fondation de l'Hôpital général juif pour aider à nourrir les travailleurs de première ligne. D'autres stars comme Brenden Gallagher, Nick Suzuki et Victor Mete ont également aidé à fournir de la nourriture au personnel de certains hôpitaux locaux, dont le HGM.

Des initiatives comme «Merci Meal MTL » de McGill et «Nourrir les héros et héroïnes MTL » avaient le même mandat : maintenir nos travailleurs de première ligne bien nourris pour qu'ils aient la force et l'énergie de continuer à être... eh bien, des héros.

Sur le front de la fabrication, la multinationale canadienne Bombardier Inc., fabricant d'avions et de trains, a été contrainte de mettre les freins sur la production des transports. Malgré sa propre incertitude dans l'industrie aérospatiale au milieu de la pandémie, l'entreprise montréalaise a commencé à produire des milliers d'unités d'ÉPI pour les travailleurs de la santé, comme des visières, des ventilateurs et des masques qui sont utilisés au Canada et dans le monde entier. Bombardier a offert ses avions pour le transport humanitaire et médical et a fait don de milliers de masques N-95, gants et combinaisons Tyvex inutilisés aux communautés médicales de l'Ontario et du Québec. De plus, la Fondation J. Armand Bombardier a fait un don de plus de 600000 dollars pour soutenir la recherche médicale et aider les organisations à but non lucratif à poursuivre leur mission.

Bauer Hockey, fabricant d'équipement de hockey sur glace avec un centre innovateur à Blainville, a également commencé à fabriquer des écrans faciaux de qualité médicale pour les travailleurs de la santé, récoltant plus de 700000 commandes depuis mars. Maintenant, il est facile d'être un admirateur des Canadiens de Montréal en sachant que les patins sur lesquels ils glissent sont fabriqués par une entreprise qui s'implique ainsi.

Medtronic, une entreprise de dispositifs médicaux, s'est engagée à produire et à distribuer des produits pouvant aider les patients atteints de la COVID-19, notamment des ventilateurs, des oxymètres de pouls et des produits de maintien des fonctions vitales. Ils travaillent directement avec les hôpitaux et les gouvernements pour acheminer leurs produits là où ils sont le plus nécessaires, ici et dans le monde entier.

Le manque d'ÉPI s'est accompagné d'une pénurie de désinfectant. Laissez aux passionnés d'alcool le soin de faire bon usage de leur boisson! Les Distilleries Cirka, la vodka PUR, la distillerie BluePearls et même Labatt ont réduit leur production d'alcool d'un coup. Au lieu, ils ont commencé à fabriquer du gel antiseptique pour les populations les plus à risque de Montréal, comme celles des refuges pour sans-abri et des centres de santé.

Les fabricants de vêtements locaux, comme la marque montréalaise Tristan, fabriquent des visières médicales et Gildan, des masques. Canada Goose et Logistik Unicorp produisent des blouses médicales. Et il existe d'innombrables entreprises qui, malgré l'incertitude financière, s'efforcent d'aider ceux qui sont dans le besoin. La lutte serait insurmontable sans ces contributions.

COVID-19 : une dure réalité

Selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l'Université McGill et de l'Université de Toronto, la pandémie COVID-19 a uni les Canadiens plus que tout autre événement depuis des décennies. S'il est important de reconnaître les bons samaritains et les personnes qui unissent leurs forces, occulter la situation, c'est ignorer la revendication de responsabilité du gouvernement. La solidarité communautaire est une chose formidable, mais demandons-nous pourquoi nous avons eu besoin d'intervenir en premier lieu. Il n'est pas faux de reconnaître les lacunes du gouvernement durant cette pandémie en ce qui concerne son manque de préparation en situation d'urgence, son soutien financier insuffisant pour les Canadiens vulnérables, ses hôpitaux surpeuplés et les conditions abominables dans les CHSLD.

Les personnes âgées vivant dans des foyers de soins de longue durée et des résidences privées pour personnes âgées représentent plus de 80 % des décès liés à la COVID-19 au Québec. Les conditions dans lesquelles une grande partie de notre population âgée a été laissée dans ces installations en manque de personnel sont inacceptables. La pandémie a mis en lumière les inégalités fondamentales déjà connues de notre société en ce qui concerne les conditions de vie dans les foyers pour personnes âgées et le contexte racial par rapport à la santé et la richesse.

Selon une analyse de la CBC News, les quartiers les plus pauvres et les plus diversifiés sur le plan racial de Montréal sont touchés de façon disproportionnée par la COVID-19. Le Guardian rapporte qu'un Montréalais sur cinq infecté par la COVID-19 est un travailleur de la santé. Et 23 % des personnes infectées vivent à Montréal-Nord, l'un des quartiers les plus touchés de notre ville.

Ignorer la gravité de la pandémie COVID-19 ici à Montréal ne rendrait pas service à nos lecteurs. Le chagrin, l'impuissance et la douleur ressentis par une grande partie de notre population ne passent pas inaperçus. Nous pleurons avec tous ceux qui ont perdu des membres de leur famille et des amis à cause de ce virus mortel, et nous espérons que les personnes actuellement hospitalisées se rétabliront.

La pandémie COVID-19 ravage le monde depuis plusieurs mois. Mais la situation n'est pas la même pour tout le monde. Pour chaque personne qui rénove sa maison et apprend à faire du pain, il y a un parent débordé, sans sécurité d'emploi. Pour chaque appel Zoom avec un ami, il y a une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale causés par l'isolement.

L'ampleur des problèmes d'une personne ne diminue pas la légitimité des vôtres. Même pour ceux d'entre nous qui ont le plus de facilité, cette pandémie a été tout sauf une promenade de santé. Continuez à aider. Redonnez. Et faites de votre bien-être une priorité.

Aux travailleurs de la santé et des services essentiels, merci!

On ne sait pas où notre ville serait si ce n'était des travailleurs de première ligne sous-payés et sous-estimés dans le domaine des soins de santé et des services essentiels.

Médecins, infirmières, aides-soignants, techniciens, administrateurs, équipes d'entretien, nettoyeurs, travailleurs des sites d'essai, personnel de soutien — nous vous remercions pour votre dévouement envers nos proches. Pour les sacrifices que vous avez faits pour maintenir la population de notre ville en bonne santé. Pour avoir risqué vos propres vies pour sauver les nôtres. Pour avoir fait preuve de courage et de détermination face à une crise sanitaire et à une grave pénurie de collègues. Merci d'être notre flambeau d'espoir.

Les travailleurs des transports en commun, les approvisionneurs d'épiceries, les caissiers de magasins, pharmacies, stations-service et banques, les livreurs, les baristas, les bénévoles des refuges pour sans-abri et des banques alimentaires, et tous ceux qui occupent des emplois au salaire minimum avec une rémunération limitée, voire inexistante, en cas de danger. Il est impossible de négliger la façon dont vous avez permis aux autres de s'isoler et de se réapprovisionner en nourriture et produits essentiels.

Nous sommes en vie grâce à nos travailleurs de la santé;
nous vivons grâce à nos travailleurs essentiels!

Lisez ce qui suit pour avoir un aperçu de ce que nos professionnels de la santé ont fait pendant notre isolement, souvent dans le confort de leur propre maison et avec leur famille. Trop de nos héros n'ont même pas le luxe d'être avec leur famille, de peur de les exposer au virus. Mais sans les personnes qui travaillent dans les hôpitaux et les fondations, nous n'aurions pas les unités COVID au CUSM, gracieuseté de la Fondation de l'Institut thoracique de Montréal, ni le Fonds d'urgence en santé mentale pédiatrique de la Fondation de l'Hôpital de Montréal pour enfants ou les écrans faciaux de qualité médicale du groupe d'experts du Neuro.

Restez en sécurité

Au moment de la réouverture de la province, il faut se méfier de la diminution des efforts que nous avons déployés pour assurer notre sécurité mutuelle par l'intermédiaire de la mise en quarantaine et de la distanciation sociale. Nous avons tous été privés d'interactions sociales, mais nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge. Continuez les soupers séparés d'une clôture avec les voisins et les FaceTime avec grand-mère, maintenant qu'elle a appris à le faire. Conservez les leçons tirées de cette pandémie : la valeur de la vie, l'importance de la santé mentale, la joie des plaisirs simples et les pouvoirs de guérison des câlins de maman. Maintenez ces nouveaux liens sociaux en vie et continuez à aider bien après la fin de la pandémie. Suivez l'exemple de nos héros de première ligne... et passez au suivant.

 

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