Âmes soeurs

Savourer la satisfaction du succès sportif avec le trio Dufour-Lapointe

Par Jason Santerre

C’est une belle journée de février à Sotchi. L’événement qui couronnera les premières médaillées olympiques en ski acrobatique bat son plein. Les skieuses sont jugées non seulement sur le temps et leur habileté à gérer la myriade de bosses, mais également sur l’exécution des deux sauts obligatoires. Sept juges donnent un maximum de 30 points pour chaque descente.

Des 12 finalistes, la Montréalaise Maxime Dufour-Lapointe est la première à dévaler la pente. Elle exécute une descente solide, mais ne réussit pas à se qualifier dans les six finalistes. Ces finalistes incluent la soeur cadette de Maxime, Justine, qui aura 20 ans dans un mois. Elle dévale la pente à coup de mouvements vigoureux et rapides, ses genoux demeurent collés à mesure qu’elle navigue les bosses et qu’elle effectue les atterrissages de sauts avec aisance.

Son pointage la met en position de médaille d'or. Il ne reste plus que deux skieuses qui doivent descendre après elle, y compris sa soeur Chloé, dont la descente parfaite avec un bon équilibre la met en position de médaille d’argent. Mais le stress monte sérieusement lorsque Hanna Kearney, la championne en titre, entame la dernière descente. La foule retient son souffle alors que Kearney tremble sur son premier saut, se rétablissant juste à temps pour faire une bonne descente, bien que celle-ci ne serait clairement pas suffisante pour détrôner Justine Dufour-Lapointe.

Les admirateurs canadiens dans la foule sont en délire alors qu’il devient évident qu’un renversement est en train de se produire. Un moment historique, puisque deux soeurs se tiendront sur les marches du podium — seulement la troisième fois que des soeurs remportent l’or et l’argent lors du même événement aux Jeux olympiques d’hiver.

Nonobstant les records olympiques, tout le pays a eu beaucoup de facilité à craquer pour les trois beautés bilingues et pétillantes. Elles représentaient le Canada comme il se doit, avec les yeux du monde entier rivés sur elles. Le trio solidaire au teint radieux a illuminé nos téléviseurs et nous en avons savouré chaque seconde.

Les soeurs demeurent populaires grâce à leur implication dans la société, une immersion dans le monde de la mode et une apparition à l’émission Dragon’s Den (Dans l’oeil du dragon) à CBC, sans oublier le fait qu’elles ont fraternisé avec les chefs de file de notre nation.

Chloé, la médaillée d’argent âgée de 23 ans, raconte que 2014 fut définitivement une année qu’elle n’oubliera jamais. « Nous avons surfé sur une grosse vague. Tous les jours nous rappelaient à quel point notre vie avait changé après Sotchi. »

Maxime, l’aînée de 26 ans, explique que le plus grand changement, et par conséquent le plus grand défi, est de gérer les demandes des médias. « Trouver du temps pour l’école, se reposer, chercher des commanditaires, ou juste pour s’entraîner est une chose à laquelle nous n’étions pas préparées. »

La célébrité soudaine peut être difficile parfois, mais les soeurs trouvent réconfort dans le soutien qu’elles se donnent mutuellement. « Mes grandes soeurs sont si importantes pour moi », raconte Justine. « Elles venaient me chercher après l’école pour qu’on s’entraîne ensemble, et les jours où je me plaignais et que je n’avais pas envie, elles me poussaient et m’aidaient à me concentrer. Je suis si reconnaissante, non seulement d’avoir des soeurs géniales, mais d’incroyables partenaires. »

Et comme dans toutes les familles, chacune a son rôle à jouer; c’est seulement plus prononcé lorsque vous vivez un style de vie compétitif qui vous expose au regard du public et vous confronte l’une à l’autre. « Nous jouons toutes un rôle, c’est certain », explique Maxime. « Au début de notre carrière athlétique, j’étais la grande soeur protectrice. »

« Les jeunes filles nous admirent et c’est incroyable, mais ça nous met également beaucoup de pression. » - Justine Dufour-Lapointe

Justine est d’accord, et donne un clin d’oeil à ses parents, Johanne Dufour et Yves Lapointe. « I ls voulaient que l’on compétitionne, bien sûr, mais ils ont toujours dit qu’il fallait avoir du plaisir en premier. Quand ce n’est plus amusant, on passe à autre chose. Et même si ma mère est notre agent, elle n’a jamais été une des ces mères trop exigeantes. Elle disait qu’il ne devait jamais y avoir de compétition entre nous trois, juste du soutien. »

La fusion familiale est incroyable, mais pour Chloé, avoir du succès sur les pentes — un endroit où les soeurs passent plus de la moitié de leur temps à s’entraîner — est également très agréable. « G agner une médaille, c’est tellement génial, bien sûr, mais devenir une inspiration pour les jeunes filles, c’est immense aussi », dit-elle.

« Les jeunes filles nous admirent et c’est incroyable, mais ça nous met également beaucoup de pression », ajoute Justine. « Les filles et leur mère viennent nous voir fréquemment pour nous dire à quel point nous les avons inspirées et influencées dans leur vie. Si nous les avons inspirées à essayer un sport, c’est ce qui est le plus valorisant, car le sport m’a tellement aidée. Ça améliore la forme physique, bien sûr, mais également la confiance, l’estime de soi et tout ce qui vient avec. Les Olympiques vous donnent tellement plus qu’une médaille. »

Été 2015, Vol 7 N°3

Dernière édition

Spécial famille

Automne 2020
Vol 12 N°4

Cliquez ici pour voir le magazine complet avec Issuu

Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

Sabrina Jonas

Sabrina Jonas' signature

publicités

Mieux vaut prévenir que guérir!