Le travail acharné, la persévérance et l’altruisme peuvent vous mener au-delà de vos rêves.

Didier Drogba

Son impact se fait sentir sur le terrain et sur la planète

Par Jason Santerre

Si vous étiez à l’aéroport le 29 juillet dernier, on ne pourrait vous blâmer si, pendant une fraction de seconde, vous avez cru que le cirque avait atterri à l’aéroport Pierre-Eliott-Trudeau. Le hall des arrivées vibrait au rythme des gens qui acclamaient, chantaient et jouaient du tambour. Cet accueil était digne de la légende de football de la Côte d’Ivoire, Didier Drogba.

Bien qu’il ne soit plus au sommet de sa carrière, le joueur de 37 ans a rapidement prouvé aux sceptiques qu’ils avaient tort. Il a non seulement réussi un tour du chapeau lors de son premier match avec l’Impact, mais il fut également un joueur clé qui a permis à l’équipe d’avancer aux demi-finales de l’Association Est — une première pour le club. Qui sait ce qu’il nous réserve pour 2016?

Mais ce que nous savons, c’est que l'étoile de soccer est à la fois humble et humain. Et c’est grâce à cette dernière qualité qu’il a créé la Fondation Didier Drogba, une entité qui a pour mandat d’améliorer la vie des enfants de la Côte d’Ivoire, sa terre natale, mais également des enfants de l’Afrique toute entière. Il s’est entretenu avec Montréal enSanté lors d’une entrevue exclusive afin de discuter de sa prochaine année qui s’annonce bien remplie.

MES : Pourquoi avez-vous créé la Fondation Didier Drogba?
DD : Je voulais un outil pour aider à répondre aux nombreuses demandes d’aide que je recevais. Le but réel n’était pas vraiment clair en 2007, à part vouloir aider. Puis, en mars 2009, la Côte d’Ivoire a fait face à un drame qui est survenu au stade national de football à Abidjan, la capitale. Durant un match, près de 40 personnes sont décédées et plus de 100 furent blessées en raison du surpeuplement. En visitant les blessés le jour suivant, j’étais attristé par l’état des patients. Et c’est à ce moment que j’ai rencontré Nobel Assamoi Yapo, un enfant de huit ans qui souffre de la leucémie. Bouleversé par la situation de ce garçon, j’ai décidé de prendre les choses en main et de l’envoyer aux soins intensifs à Genève, en Suisse. Malheureusement, malgré tous les efforts, il a perdu son combat contre la maladie quelques mois plus tard. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire de la santé un des piliers de ma Fondation. Le second pilier est l’éducation.

MES : Qu’est-ce qui se prépare à l’horizon?
DD : Premièrement, nous prévoyons ouvrir notre premier centre médical à Abidjan. Il devrait pouvoir accueillir des patients dès juin. Nous travaillons actuellement à équiper le centre. Puis, nous allons lancer le premier « Heart Mobile », un véhicule médical unique conçu pour traiter les maladies cardiaques. Les maladies cardiaques sont la première cause de mortalité chez les adultes en Afrique. Malheureusement, elles ne reçoivent pas beaucoup d’attention médiatique. Les gens ont tendance à se concentrer sur les maladies transmissibles. Nous avons décidé, avec notre partenaire, The Heart Fund, de changer les choses.

MES : Pouvez-vous nous parler du volet éducation?
DD : Premièrement, nous bâtissons une école et nous espérons en bâtir deux autres à partir de septembre 2016. Nous travaillons également avec l’UNESCO sur un nouveau système pour l’alphabétisation sur les appareils mobiles. C’est un projet pilote, mais si ça fonctionne, ce sera révolutionnaire.

MES : Quelles sont vos aspirations pour le futur de la Fondation?
DD : Je veux vraiment que les gens comprennent que ce n’est pas un jeu ou une histoire de gloire pour moi. C’est du sérieux et je suis vraiment engagé à faire une différence. Je crois que je considère ça comme un devoir. Je suis très chanceux. Je dois redonner le plus possible. Mon but est de bâtir une fondation qui couvrira l’Afrique et qui survivra à la fin de ma carrière, et à la fin de ma vie. Je veux faire grandir l’impact de la fondation en Afrique et un jour, à travers le monde. Pourquoi pas?

MES : Quels sont les moments liés à la Fondation dont vous êtes le plus fier?
DD : J’aime être avec les enfants, j’aime qu’ils me sourient. C’est la direction que je veux prendre. Et de voir à quel point tout est important, des sacs d’école aux trousses pour la malaria. Tout.

MES : Qu’est-ce qui vous manque le plus lorsque vous êtes loin?
DD : La chaleur de mon pays (rires). Sérieusement, ma famille me manque et mes amis. Même la nourriture. Par contre, j’espère que j’aurai l’occasion d’aider les Canadiens à en découvrir davantage sur mon pays.

MES : En matière d’ajustement, est-ce que ce fut difficile de venir jouer à Montréal?
DD : Ce fut une expérience positive. Je me souviens lorsque je suis arrivé, j’étais surpris par la gentillesse des gens. Je me suis dit « les gens sont-ils vraiment comme ça ici? » Puis, j’ai réalisé que oui, ils le sont. Je suis chanceux d’avoir pu m’adapter et aider mon équipe à réussir une bonne saison.

MES : Ce genre d’accueil a dû vous faire chaud au coeur.
DD : J’ai été très ému. Tant de chaleur m’a surpris, et j’ai vraiment senti que les gens me faisaient confiance. En même temps, c’était un défi. Je ne pouvais pas les décevoir. Mais ça m’a aidé à m’intégrer dans l’équipe, et j’espère sincèrement que j’ai réussi à combler les attentes des partisans.

MES : Parlez-nous de votre expérience lors de vos deux Coupes du monde?
DD : Il n’y a pas de mots. J’étais simplement fier. En 2006, c’était la première fois que mon pays se qualifiait, et c’était grâce à un petit miracle. Quels beaux souvenirs, même si je crois que nous aurions pu faire mieux chaque fois que nous avons participé!

MES : Si vous pouviez voyager dans le temps et donner un conseil à l’enfant que vous étiez, quel serait-il?
DD : Crois en toi. Et n’abandonne jamais. Bats-toi pour tes rêves. Le travail acharné, la persévérance et l’altruisme peuvent vous mener au-delà de vos rêves.

MES : Aimeriez-vous ajouter quelque chose?
DD : Je rêve d’une Afrique heureuse et en santé, d’une Afrique mieux éduquée, qui pourra conquérir le monde, une Afrique qui sera fière de son héritage laissé à nos enfants. J’invite chacun à joindre le combat pour améliorer la vie des plus pauvres. Pour moi, c’est le jeu le plus important de ma carrière.

Pour en savoir plus, allez sur le site www.fondationdidierdrogba.org

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