Chantal Petitclerc

Un exemple de force, de courage et de passion

Par Jason Santerre

À seulement 13 ans, Chantal Petitclerc a perdu l’usage des ses jambes. Elle n’a pas abandonné. Elle a accueilli la vie les bras ouverts. Sa nature tenace, son esprit compétitif et son entourage bien présent l’ont aidée à surmonter les contraintes du handicap.

« Nous rendions visite à des amis. Il y avait une grange abandonnée sur le terrain », se rappelle Mme Petitclerc. « Nous avons enlevé la porte pour faire une rampe pour nos bicyclettes. Nous avons tenté de la lever, mais elle est tombée sur moi et a fracturé ma colonne vertébrale. » Après plusieurs mois de réhabilitation, elle dut affronter le premier véritable défi : vivre une vie normale. « J’ai eu besoin de quelques années pour m’habituer au fauteuil roulant et à la vie avec un handicap. C’était dans les années 1980, c’était une autre époque. » Et pourtant, même à l’adolescence, alors que ses camarades étaient aux prises avec une estime de soi chancelante, elle sentait qu’elle pouvait faire n’importe quoi.

Le défi suivant fut l’université. Elle s’investit sérieusement dans la compétition d’athlétisme. C’est à ce moment que Chantal devint Mme Petitclerc, une compétitrice redoutable. Elle se hissa au sommet de sa discipline en participant à ses premiers jeux paralympiques à Barcelone en 1992, où elle gagna deux médailles de bronze. Le bronze ne fit qu’alimenter sa flamme. Cinq jeux paralympiques plus tard, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 21 médailles (14 or), en plus de détenir à ce jour le record mondial du 200 m et du 400 m.

Elle a également reçu tous les prix que la nation peut offrir, notamment le trophée Lou-Marsh remis à l’athlète par excellence du Canada en plus d’être nommée Compagnon de l’ordre du Canada. Puis, tout récemment, Mme Petitclerc fut nommée au Sénat canadien. « Ça ne faisait pas partie du plan », dit-elle, « mais plus j’y pensais, plus je voyais cette occasion comme une plateforme pour défendre l’importance du sport et donner une voix aux personnes vivant avec un handicap. »

Fixer des objectifs et les atteindre est un mode de vie pour un athlète. Mme Petitclerc ne voit pas pourquoi son séjour à Ottawa devrait être différent. « Avec l’athlétisme, après tant d’années de dévouement et de détermination, vous comprenez à quel point gagner une médaille est un immense accomplissement. Mais ça, c’est quantitatif », dit-elle. « Faire ce que je voulais faire en demeurant la personne que je voulais être, ça, c’était vraiment important. Atteindre ses objectifs, oui, mais vous devez pouvoir vous regarder dans le miroir. »

Pour ce qui est du défi d’être une femme athlète, en plus d’être en fauteuil roulant, Mme Petitclerc admet que ce n’était pas facile. « Trouver un seul modèle ou mentor féminin, surtout en athlétisme, était impossible », dit-elle. « Aujourd’hui, les adolescentes ont six fois plus tendance à laisser de côté le sport que les garçons. Les femmes ont besoin de quelque chose de différent. Avoir des entraîneurs féminins pourrait aider, mais il reste encore beaucoup de travail à faire. »

Une des tâches reliées à ce travail est de parler aux jeunes filles et jeunes femmes qui l’approchent dans la rue. « Il y a des rencontres émotionnelles avec des filles qui sont en processus d’adaptation au fauteuil roulant. Elles sont heureuses d’entendre quelques mots provenant de quelqu’un qui peut comprendre », dit-elle. « Puis, il y a les personnes qui n’ont pas de handicap et qui veulent simplement me rencontrer et me dire merci. Lorsque d’autres athlètes me demandent des conseils relatifs à l’entraînement, c’est un accomplissement pour moi, car ils me voient comme leur égale. C’est le but, d’être tous égaux, et je le suis. »

Tour de force

Trois femmes, trois histoires de triomphe contre l’adversité

Au printemps 1979, la révolution avait transformé l’Iran qui passa d’une monarchie sous Shah Mohammad Reza Pahlavi à une République islamique sous le règne de Ayatollah Khomeini. La vie allait devenir austère pour tous ceux qui étaient habitués à une certaine forme de liberté. Roza Mohammadi avait 11 ans en 1979. « Je me souviens de plusieurs manifestations, de la violence, des tanks dans la rue qui roulaient simplement sur les gens, et des hôpitaux et magasins qui se faisaient saccager. C’était terrifiant », se rappelle aujourd’hui Mme Mohammadi, 37 ans plus tard.

En 1980, Roza et son frère ont dit adieu à leur famille et sont partis vers le pays voisin, le Pakistan. « Mes parents avaient fait des arrangements pour nous faire sortir du pays clandestinement pour atteindre Karachi. Nous n’avions que les vêtements sur notre dos. »

La première nuit, les jeunes ont dormi dans un entrepôt infesté de rats tout près de la frontière. À Karachi, abandonnés par leur contact, ils durent passer sept mois chez une famille qui les força à travailler. « Nous étions essentiellement des esclaves », dit-elle. « Nous devions faire toutes leurs petites tâches et n’avions jamais la permission de quitter la maison. »

Mais un jour, tout changea lorsqu’on frappa à la porte. La mère de Roza et sa petite soeur apparurent dans l’entrée. Ils étaient sauvés. « Je savais que si j’avais survécu aux sept derniers mois, je pouvais survivre à tout. »

La famille amassa suffisamment d’argent pour se rendre en Espagne, le seul pays où ils pouvaient entrer sans visa. En attendant l’occasion de s’envoler vers le Canada, la nourriture commençait à se faire rare. « Je visitais le mercado le soir et je fouillais dans les poubelles pour trouver la nourriture jetée par les vendeurs. »

Éventuellement, la famille acheta de faux passeports. « J’avais le passeport d’une femme belge mariée avec un enfant. Alors, une connaissance et moi nous sommes faits passer pour les parents de ma petite soeur. J’avais 15 ans. »

Mais une fois qu'elle est arrivée au Canada, des obstacles l’attendaient toujours. « Je devais marier ce jeune homme (qui s’était fait passer pour son mari) pour faire plaisir à ma mère. J’allais à l’école le soir. Je m’occupais de la maison et je nettoyais d’autres maisons pour joindre les deux bouts. Je me souviens des enfants à l’école qui parlaient de trucs d’enfants, et moi, j’étais une femme à 15 ans. »

Trente-sept ans plus tard, Mme Mohammadi est propriétaire d’une maison, elle exerce une profession et elle est mère de trois enfants. « Je suis fière de mes enfants et je suis si fière d’être Canadienne. Je ne suis pas née ici. J’ai dû gagner ma liberté. »

Nalie Agustin, une ancienne personnalité de la télé devenue chargée de projet pour Leucan, raconte que son travail en tant que blogueuse au www.nalie.ca est ce dont elle est le plus fière. C’est une plateforme pour partager des expériences franches et sincères avec d’autres personnes vivant avec le cancer. Mme Agustin n’avait que 23 ans lorsqu’elle découvrit une masse dans son sein.

« Les deux semaines passées à attendre les résultats de la biopsie furent les plus pénibles de ma vie », raconte-t-elle aujourd’hui. « Au moment où j’ai reçu les résultats, j’ai senti une montée d’adrénaline. Je suis entrée dans l’arène pour me battre. Premièrement la chimio, puis la chirurgie pour retirer mon sein, et ensuite la radiation. »

Mme Agustin explique que les 16 séances de chimio ont été difficiles, mais que les quatre 4 séances d'AC , un cocktail de médicaments de chimiothérapie connu sous le nom de « diable rouge », furent les plus difficiles à endurer : des jours aux prises avec de la nausée, un faible taux de globules blancs, de la fatigue, des ulcères buccaux, la perte des cheveux et une douleur généralisée. Les traces laissées sur le corps et l’esprit sont importantes, mais l’image corporelle souffre également lorsque la perte des cheveux survient. C’était traumatisant pour une femme dans la fleur de l’âge. « Pour moi, avoir des cheveux morts est synonyme de mort », dit-elle. « C ’était comme si j’avais le mot cancer écrit sur le front. »

Puis un jour, elle en a eu assez. Mme Agustin décida de partager son histoire sur un blogue afin d’aider les autres à traverser cette épreuve. « J’ai l’impression de faire une différence dans la vie des autres en étant moi-même et en partageant tout, le bon comme le mauvais », explique-t-elle. Elle avoue avoir vaincu le cancer en se défaisant de ses peurs, en ouvrant les bras à la vie et en passant d’une jeune fille de 23 ans effrayée à une femme confiante de 27 ans.

Depuis son indépendance en 1962, le Burundi a de la difficulté à se sortir d’une guerre civile basée sur l’ethnie et de la pauvreté extrême. Même aujourd’hui, l’espérance de vie des hommes comme des femmes est de 50 ans. Marguerite, une femme qui échappa aux horreurs de sa terre native, accepte de partager son histoire, dans ses propres mots, mais en préservant son anonymat.

« Je suis arrivée au Canada en avril 2008. J’ai quitté le Burundi pour le Kenya, où je suis demeurée pendant six ans comme réfugiée. Une fois au Canada, j’ai dû attendre cinq ans avant de devenir citoyenne. C’était un sentiment formidable, car je savais que j’avais des droits et une sécurité. J’ai quitté mon pays en raison de l’insécurité. Au Burundi, des gens sont tués tous les jours. Des familles sont déplacées. Les femmes et les filles doivent affronter l’intimidation, le viol et toutes sortes de tortures complètement inimaginables. J’étais au nombre des victimes. »

« J’ai choisi le Canada parce qu’un miracle est survenu. Mon frère, qui ne savait pas que j’étais vivante, m’a contactée 10 ans plus tard. Il était au Canada et il m’a parrainée. Évidemment, je n’avais pas d’argent. J’avais presque tout perdu durant la guerre. J’avais quelques vêtements et mon diplôme secondaire. »

« Aujourd’hui, je suis infirmière, c’est ma vocation. Ma mère, que j’ai perdue lorsque j’avais cinq ans, est mon inspiration. On m’a dit qu’elle est morte d’une infection parce que les services nécessaires n’étaient pas disponibles. Dès mon jeune âge, j’ai décidé d’aider les gens malades. Je me sens en paix, car maintenant, j’habite dans un pays pacifique. Parfois, je me sens paranoïaque, comme si le passé revenait me hanter. Un jour, j’ai pris mon passé et je l’ai mis dans une boîte. Je l’ai jetée. Ça m’a permis de commencer une nouvelle vie. »

 

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Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

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