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Les pouvoirs d’un régime alimentaire diversifié

L’écogastronomie au Timor oriental pourrait nous en apprendre beaucoup

Par David Szanto

Quels sont les éléments d’un écosystème en santé? Les environnements naturels résistent aux impacts lorsqu’ils se composent d’une grande variété d’espèces et de redondances biologiques. Notre corps se maintien en bonne santé grâce à un régime alimentaire varié, un entraînement des différentes parties de notre corps et notre esprit et un système immunitaire vivant stimulé par plusieurs microbes bénéfiques. Et les cultures d’aliments? Peut-être qu’elles aussi demeurent résilientes lorsque la diversité est une caractéristique clé.

Lors d’une récente visite au Timor oriental, un pays insulaire souverain situé au nord de l’Australie, j’ai découvert un endroit qui regorge de biodiversité. Les espèces végétales abondent avec notamment plusieurs types de fruits tropicaux, légumes, racines, légumineuses et grains. Le café, le miel, le cacao et les épices sont des exportations importantes, et le sagou est une source locale de vin de palme et de farine. L’île équatorienne s’étend à peine sur 15 000 pieds carrés, mais près de 45 langages et dialectes distincts sont parlés parmi les 1,2 million d’habitants.

Bon nombre d’entre nous connaissent la violence qui a déchiré le Timor oriental (Timor Leste) des années 1970 à 1990. Ancienne colonie portugaise, le Timor fut envahi par l’Indonésie peu après la déclaration de son indépendance en 1975, un an après l’abandon des intérêts portugais dans la région. Aujourd’hui, à la suite d’une période de maintien de la paix par l’ONU , la nation est en train de se reconstruire, et la nourriture joue un rôle clé.

Un joueur important dans ce processus est Eugenio (Ego) Lemos, un éducateur, activiste culinaire et musicien connu. Grâce à lui, un curriculum éducatif sur la nourriture locale fit son entrée dans le système scolaire au niveau primaire, et ses chansons se concentrent sur la fierté et le plaisir de la gastronomie timoraise. Ego, un raconteur d’histoire et un catalyseur pour le changement, est l’un des fondateurs de Permatil, une association à but non lucratif qui enseigne aux jeunes la permaculture et le jardinage biologique.

Alva Lim est un autre pilier de la nourriture au Timor. Née en Australie, Alva est arrivée au Timor, accompagnée de son mari, Mark Notaras, il y a quelques années en tant qu’agente de développement. Aujourd’hui, ils préparent ensemble un café et un laboratoire alimentaire où ils feront la promotion des saveurs et des produits locaux tout en expérimentant la fermentation et d’autres influences internationales. Leur idée de « développement » gravite autour du commerce de la fertilisation croisée et du récit, de la cuisine et de la politique.

Durant ma trop brève visite à Dili (la capitale du Timor), Alva et Ego m’ont amené au marché Taibessi, un temple de la nourriture en béton et plastique ondulé. L’échelle de l’endroit est incroyable; en comparaison, le marché Jean-Talon ressemble à un dépanneur. Les produits varient de la citronnelle au poivre long, de la laitue aux agrumes, du chili aux épices en passant par au moins quatre variétés d’avocats. Des melons amers géants et des noix de bétel cohabitent avec du maïs concassé et trois types de fruits de la passion. Et le tout à perte de vue.

Sur le chemin du retour vers Montréal, je me questionnais à propos de notre culture alimentaire et de notre héritage provenant de la colonisation, de l’invasion et des tensions politiques. Bien sûr, ces éléments ne sont pas à l’échelle de l’histoire du Timor. Pourtant, les parallèles soulèvent des questions sur la résilience de la gastronomie québécoise. Comment pouvons-nous célébrer et augmenter la diversité de nos communautés, de l’agriculture et de la cuisine? De quelle façon le Timor oriental peut-il nous enseigner à être plus fort et en santé, à travers la diversité de notre nourriture?

David Szanto a obtenu son doctorat en gastronomie à l’Université de Concordia. En 2016, dans le cadre d’un projet de recherche avec l’Université des sciences gastronomiques d’Italie, il voyagera aux quatre coins du monde p our en apprendre davantage sur la structure de l’alimentation et les pratiques locales.

 

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