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Mission de sauvetage

Une infirmière nous raconte son histoire de joie et de chagrin

Par Jason Santerre

Depuis 40 ans, Médecins Sans Frontières (MSF) fournit de l’aide humanitaire et médicale d’urgence à plus de 70 pays, dont plusieurs sont aux prises avec la guerre, la famine et des atrocités inexplicables. L’infirmière d’origine montréalaise, Elizabeth Hinton, s’est récemment retrouvée sur un bateau de MSF en direction de la Libye. Mme Hinton partage son expérience avec nous.

Montréal enSanté : Pourquoi avez-vous choisi de faire carrière comme infirmière?

Elizabeth Hinton : J’avais l’habitude d’aider ma mère à prendre soin de mes frères et soeurs quand ils étaient malades ou blessés. J’ai beaucoup appris de mes parents, ils sont généreux de leur temps et ils s’intéressent vraiment à tout le monde.

MES :Parlez-nous de votre implication avec Médecins Sans Frontières.

EH : Un de mes premiers souvenirs est au Biafra (ancien état sécessionniste du Nigéria). Les images des enfants affamés et malades m’ont donné la détermination de vouloir aider. À l’adolescence, je suis tombée sur un article écrit par un médecin de MSF. J’ai conservé cet article et je me suis dit qu’un jour, je travaillerais pour MSF.

MES :Comment s’est déroulée votre première expérience?

EH : Nous étions sur la Méditerranée entre la Libye et l’Italie. Nous attendions, à environ 25 miles nautiques de la côte de la Libye, l’appel de l’Italie pour nous informer s’il y avait un canot avec des migrants à bord. Parfois, nous les trouvions nous-mêmes. Le capitaine et son équipage étaient aux aguets 24 heures par jour. En ce qui concerne le premier sauvetage, je me souviens d’être surprise de voir autant de personnes de l’Afrique subsaharienne. Je m’attendais à des Afghans ou des Syriens. Ces gens avaient marché dans le désert torride avec à peine assez de nourriture et d’eau. Plusieurs nous ont raconté qu’ils avaient dû boire leur propre urine. Puis, venaient la torture, l’esclavage, le viol et l’humiliation subis en Libye.

MES :Quelles étaient les blessures et les maladies les plus courantes?

EH : Des maladies pulmonaires et des maladies de la peau comme la gale, des os cassés, des coups de fouet sur la peau, le viol, la déshydratation, des maux de tête, des brûlements épigastriques et des infections transmises sexuellement. Une fois à bord du bateau, le médecin, la sage-femme et moi avons vu les cas les plus critiques de notre infirmerie. Chaque personne recevait une trousse contenant une bouteille d’eau qu’elle pouvait remplir, des biscuits énergétiques, une serviette, des bas et une couverture pour les nuits froides.

MES :À quoi ressemblait l’ambiance à bord du bateau?

EH : Le stress les envahissait lorsque nous approchions de la côte d’Italie. Au départ, il y avait des cris, de l’excitation et des chansons lorsqu’ils voyaient la terre. Mais ils devenaient éventuellement pensifs en fixant l’horizon. Il y avait tant d’incertitudes : où aller? Comment gagner sa vie? Comment apprendre l’italien? Est-ce qu’ils seraient acceptés? Est-ce que leurs enfants pourraient aller à l’école? Leur destin dépendait des autorités. Dire au revoir était difficile pour nous tous.

MES :Est-ce que l’expérience vous a changée?

EH : Nous entendons beaucoup parler aux nouvelles que les migrants prennent nos emplois, qu’ils volent, qu’ils posent des bombes, etc. Je peux dire que j’ai connu beaucoup de gens frustrés sur le bateau, mais après les avoir écoutés avec compassion et respect, ils nous serraient souvent dans leurs bras, nous souriaient et aidaient même les autres à bord. Avant, je n’avais pas vraiment foi en l’humanité, mais de rencontrer autant de belles personnes courageuses m’a forcée à ouvrir les yeux et à observer comment il est possible de rendre le monde meilleur.

MES :Vous êtes une vraie héroïne.

EH : Je ne suis aucunement une héroïne. Les héros sont les réfugiés qui ont quitté leur maison, leur pays et qui ont affronté des horreurs en quête d’une vie meilleure.

 

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