L'appui de ses proches

Combattre l'alcoolisme est une affaire de famille

Par Jason Santerre

Qu’on le veuille ou non, l’alcool est imprégné dans notre culture. Des rites de passage à l’adolescence aux « partys » d’université, en passant par les événements sportifs, les BBQ d’été et l’omniprésence des publicités faisant la promotion des plaisirs de la vie, il semblerait qu’on ne puisse y échapper.

La majorité des Canadiens maintiennent leur consommation à un niveau modéré. Lors d’un sondage réalisé en 2010 par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, 77 pour cent des Canadiens âgés de 15 ans et plus ont affirmé avoir consommé de l’alcool au cours de l’année précédente.

Mais pour des millions de Canadiens, dire « quand » n’est pas si facile. Lors d’une étude réalisée en 2013, Statistique Canada a rapporté que plus de 5,5 millions de Canadiens consommaient de l’alcool à un rythme qui les classait dans la catégorie de « buveurs problématiques ».

Que la cause soit génétique ou qu’elle provienne d’une descente longue et progressive, le Dr Ron Fraser affirme que l’alcoolisme ne fait aucune discrimination. « Cette condition affecte toutes les ethnies et tous les groupes d’âge, les sexes et les milieux socio-économiques », explique le Dr Fraser, chef des services de détoxication au Centre Griffith Edwards.

Il affirme qu’un des signes les plus courants qui indique qu’une personne pourrait développer une dépendance est lorsque celle-ci consomme de l’alcool même si elle souffre physiquement. « Si vous continuez à consommer alors que vous présentez des symptômes de sevrage sévères, il pourrait y avoir un problème. » Un autre signe clair, dit-il, est d’avoir des ennuis avec la justice, son patron ou ses proches et continuer à boire en secret pour éviter ces ennuis.

Chris est un homme qui comprend bien tout cela. L’ancien alcoolique explique qu’il veut partager son histoire dans l’espoir d’aider quelqu’un d’autre. « Je mentais, trompais et manipulais juste pour me saouler », dit Chris. « Quel est le dicton? Une fois c'est trop et mille fois jamais suffisant. C’était moi pendant des années. »

Puis un jour, Chris s’est réveillé avec « la pire gueule de bois au monde ». Il est sorti marcher pour essayer de s’éclairer l’esprit. « Comme à l’habitude, je regardais le sol pour éviter les regards, mais quand j’ai décidé de lever la tête, j’ai réalisé que j’étais revenu jusqu’à mon appartement. Le soleil se couchait et ça m’a frappé : toute cette inquiétude, cette peur et cette rage que je causais depuis des années devaient arrêter, immédiatement. Je suis sobre depuis bientôt quatre ans. »

Chris affirme qu’il doit en grande partie sa sobriété aux membres de sa famille, notamment à sa partenaire, Marie, qui est également alcoolique. Une situation familiale peut souvent être la clé de la guérison, explique le Dr Fraser. « Dans certains des pires cas que j’ai vus, les patients sont seuls. Ils n’ont pas ce soutien », dit-il. « L’alcoolique qui fait partie d’une famille a plus de chance de s’en sortir, parce qu’un partenaire ou un enfant va l’affronter, lui donner l’élan supplémentaire pour demander de l’aide. »

Pour ce qui est de la partenaire de Chris, Marie, c’était plus compliqué. « Je suis partie de la maison très tôt. Je me suis plongée dans l’univers des bars et je faisais la fête tous les soirs, en perdant la mémoire chaque fois », raconte Marie. « J’ai perdu contact avec ma famille et mes amis. Je niais la réalité. Pour moi, le toxicomane était le vieux monsieur évanoui sur le banc de parc, pas moi. Je me suis éventuellement tannée d’être malade et fatiguée. Je mesurais 5 pi 9 po et je pesais 100 livres. Je me suis tournée vers mon médecin de famille et elle m’a donné le numéro d’un programme de réhabilitation subventionné par le gouvernement. Ce programme m’a aidée à reprendre le contrôle de ma vie. Après sept ans de sobriété, j’ai rencontré Chris. Bien sûr, il comprend ma situation, et nous nous soutenons mutuellement d’une façon qui serait impossible pour d’autres couples. »

« La meilleure partie est de se réveiller un samedi sans la gueule de bois et avec de l’argent dans les poches », dit Chris. « J’essaie d’être l’homme que j’ai toujours voulu être. Avoir une partenaire formidable, une fille, un bon boulot et un foyer qui vous appartient aident énormément. »

Le Dr Fraser conseille à quiconque croyant avoir un problème de faire comme Marie : consulter un médecin de famille. « Alcooliques Anonymes (AA) est une autre excellente ressource, et c’est gratuit, facilement accessible dans la communauté et offert dans toutes les langues », ajoute-t-il. « Mais vous devriez commencer par une bonne discussion franche et ouverte avec vos proches, les gens sur qui vous comptez le plus et ceux qui comptent sur vous. »

 

Al-Anon s’adresse aux amis et à la famille d’alcooliques (www.al-anon-montreal.org); Alcooliques Anonymes (www.aa-quebec.org); Centre Griffith Edwards, l’unité d’alcoologie et de toxicomanie (1547, avenue des Pins Ouest; 514-934-8311).

 

Automne 2017, Vol 9 N°4

Dernière édition

Héros du quotiden

Été 2020
Vol 12 N°3

Cliquez ici pour voir le magazine complet avec Issuu

Sabrina Jonas Le billet de la rédactrice associée

Sabrina Jonas

Sabrina Jonas' signature

publicités