Manic

Une cinéaste montréalaise affronte la maladie mentale dans sa famille

Par Jason Santerre

Imaginez un instant que votre grand frère et votre grande soeur, que vous avez admirés et adorés toute votre vie, se transforment devant vos yeux et deviennent à peine reconnaissables. Imaginez que la réponse au comportement maniaco-dépressif de votre frère et de votre soeur soit liée à votre père absent, un homme qui selon les rumeurs serait chef de secte, escroc, bigame et prophète.

« Je pensais que toutes les autres familles étaient normales », raconte la cinéaste montréalaise Kalina Bertin. « Je réalise maintenant que de nombreuses familles sont aux prises avec des troubles bipolaires. J'ai appris de leur combat. Chaque famille offre le cadeau de la connaissance avec sa propre histoire à raconter. »

Mme Bertin présente différentes visions dans son film Manic. Derrière la caméra, elle invite les spectateurs à entrer dans l'univers incroyablement complexe de la maladie mentale, du drame et du mystère qui règne au sein de sa famille. Elle raconte qu'après avoir obtenu son diplôme en production de film, avec une spécialisation en cinématographie, elle a senti que si elle n'essayait pas de comprendre la maladie mentale dans sa famille, cela la détruirait probablement.

Le film Manic suit non seulement la trace du trouble bipolaire dans sa famille, mais il révèle également une empathie détaillée envers cette condition complexe. « J’étais comme un enquêteur qui rassemble tous les éléments durant quatre années. Parfois, j’ai dû prendre du recul d’un côté personnel pour donner un peu de distance afin d’offrir un point de vue journalistique. Mais chaque personnage m’a menée au suivant et chaque révélation donnait plus de signification à ma quête. »

Filmer les interactions et les entrevues avec sa soeur Felicia et son frère François faisait partie de cette quête. Mme Bertin réussit à capter de véritables épisodes maniaques, levant ainsi le rideau sur une maladie mentale que peu d’entre nous ont l’occasion d’observer et encore moins de comprendre. « La caméra était une espèce de bouclier », dit-elle. « Elle a offert une fenêtre sur l’univers de mon frère et ma soeur et m’a permis de poser des questions que je n’avais jamais eu le courage de poser. »

Les questions ont entraîné plus de questions à propos de sa petite enfance passée sur l’île Montserrat dans les Caraïbes avec un père qu’elle connaissait seulement grâce à de vieilles photos et des rumeurs. « Il y avait tellement de tabous concernant mon père et sa maladie mentale. Il est intéressant de soulever le débat inné/acquis », dit-elle. « Que ce soit génétique ou pas, il y a toujours la possibilité que ça devienne un cercle vicieux à l’intérieur de la famille. Il est tellement important de savoir ce que vos parents ont vécu afin d’obtenir des réponses. »

Mme Bertin raconte que le film a forcé sa famille à parler de la maladie mentale, à l’accepter et à se rapprocher. « Regarder le film ensemble lors du festival Hot Docs à Toronto fut une expérience merveilleuse. Leur réaction était formidable, mais nous ne pouvions plus prétendre être normaux. Et c’est bien, j’ai toujours voulu avoir une vraie relation avec ma famille.

 

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